Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407978

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407978
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme D, tutrice de M. A, contestant le refus du préfet du Val-d'Oise de délivrer un document de circulation pour étranger mineur. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence comme manifestement infondé, la signataire disposant d'une délégation régulière. Il a jugé inopérant le moyen tiré de l'article L. 414-4 du CESEDA, la tutelle ne créant pas de lien de filiation. Les moyens fondés sur l'article 8 de la CEDH et l'article 3-1 de la CIDE ont été rejetés comme non assortis de précisions suffisantes. La requête a été rejetée en application du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024, Mme B D, représentée par Me Mampouma, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un document de circulation pour étranger mineur à M. Prince F A ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de M. Prince F A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard du 4° de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 2-2 du protocole n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante française et représentante légale, en qualité de tutrice, de M. Prince F A, ressortissant congolais né le 11 janvier 2007, demande l'annulation de la décision du 22 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un document de circulation pour étranger mineur à M. A.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () / 7°

Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. / () ".

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. C E, adjoint à la cheffe du bureau du séjour de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cet effet par un arrêté du préfet du Val-d'Oise n°22-128 du 27 juillet 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ladite préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté comme manifestement infondé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un document de circulation pour étranger mineur est délivré à l'étranger mineur résidant en France : () 4° Dont au moins l'un des parents a acquis la nationalité française ; () ".

5. Mme D soutient que M. A aurait dû se voir délivrer un document de circulation pour étranger mineur de plein droit sur le fondement de ces dispositions. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que Mme D est la tutrice légale de M. A, cette relation ne crée pas de lien de filiation entre l'enfant et sa tutrice, dont cette dernière n'est ainsi pas le parent. Le moyen tiré de la violation des dispositions du 4° de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est donc inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes du 2° de l'article 2 du protocole additionnel n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne est libre de quitter n'importe quel pays, y compris le sien. ".

7. Le refus de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur ne faisant pas obstacle à ce que l'intéressé quitte le territoire français ou son propre pays, le moyen tiré de la violation du 2° de l'article 2 du protocole additionnel n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.

8. En dernier lieu, si Mme D soutient que la décision en litige est entachée d'erreurs de droit au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, elle se borne à cet égard à des propos généraux et n'assortit manifestement pas ces moyens de faits susceptibles de venir à leur soutien.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, en toutes ses conclusions, sur fondement du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy-Pontoise, le 9 août 2024.

Le président de la 2ème chambre,

signé

C. HUON

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.