Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407981
lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2407981 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 juin 2024, Mme B, représentée par Me Haïk, avocat, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'enregistrer sa demande de titre de séjour au titre du regroupement familial et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard';
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors qu'elle était titulaire d'un visa long séjour à raison d'une autorisation de regroupement familial, qu'elle a déposé son dossier de demande de titre de séjour le 10 août 2023, soit dans le délai prescrit par les autorités, qu'elle tente en vain d'obtenir un rendez-vous en vue de la délivrance de ce titre de séjour et que cette situation l'empêche de pouvoir se soigner et d'élever l'enfant auquel elle a donné naissance le 24 avril 2024 ;
- la mesure sollicitée est utile ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge des référés.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 23 octobre 1998, est entrée en France le 10 juin 2023, munie d'un visa D obtenu dans le cadre de la procédure de regroupement familial. La requérante a déposé sur le site " démarches-simplifiées.fr ", le
10 août 2023, une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et indique que, depuis cette date, elle tente en vain d'obtenir un rendez-vous en préfecture afin de déposer son dossier de demande de titre de séjour. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. Il résulte de l'instruction que Mme B est entrée sur le territoire français de façon régulière et a entamé, dans les délais prescrits par les autorités, les démarches pour présenter sa demande de certificat de résidence algérien dans le cadre de la procédure de regroupement familial. La requérante justifie avoir déposé sa demande sur le site " démarches-simplifiées.fr ", et indique, sans être contredite, avoir été dans l'impossibilité de déposer sa demande sur le site " Administration numérique pour les étrangers en France " (ANEF), les services de l'ANEF l'ayant orienté vers les services de la préfecture compétente. Dans de telles circonstances, Mme B se trouve dans l'impossibilité de déposer sa demande de certificat de résidence, sans que les services du préfet des Hauts-de-Seine, qui n'ont pas produit de mémoire en défense, n'allèguent avoir proposé de solution alternative à la requérante. Enfin, cette situation empêche la requérante de bénéficier des prestations sociales, alors même qu'elle a donné naissance à un enfant, le 24 avril 2024. Dans ces conditions, constitutives de l'urgence de sa situation, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer Mme B à un rendez-vous afin de lui permettre de déposer son dossier de demande de certificat de résidence algérien, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte et d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour, dès lors que cette délivrance est conditionnée au caractère complet du dossier effectivement déposé en préfecture.
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 (mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer Mme B à un rendez-vous afin de lui permettre de déposer sa demande de certificat de résidence algérien, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 8 juillet 2024
Le juge des référés,
Signé
F.-X. PROST
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24079812