jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2408053 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ZAJAC |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n° 2407092 du 5 juin 2024, le président du Tribunal administratif de Paris a transmis au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. C D, enregistrée le 27 mars 2024.
Par cette requête, et un mémoire enregistré le 15 juillet 2024, M. D, représenté par Me Zajac, avocat, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté, en date du 25 mars 2024, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Zajac sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. D soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
l'arrêté attaqué :
- a été signé par une autorité incompétente ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision portant refus de délai de départ volontaire :
- est illégale, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;
- méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la décision fixant le pays de renvoi :
- est illégale, la décision portant obligation de quitter le territoire français étant elle-même illégale ;
la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est illégale, dès lors que la décision portant refus de départ volontaire est elle-même illégale ;
- est disproportionnée.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit les pièces constitutives du dossier, le 16 juillet 2024, et conclut au rejet de la requête de M. D.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prost ;
- les observations de Me Zajac, avocat désigné d'office, représentant M. D, qui précise que les conclusions et les moyens de la requête sont intégralement repris dans son mémoire enregistré le 15 juillet 2024 ;
- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 25 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, le requérant demande au Tribunal d'annuler cet arrêté en toutes ses dispositions.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. D a présenté un mémoire complémentaire avec l'aide d'un avocat commis d'office qui l'a également représenté lors de l'audience. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans le cadre de la présente instance.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A B, cheffe du bureau de l'éloignement, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté n° 2024-0859 du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 22 mars 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du même jour. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé avant de prendre la décision contestée. A cet égard, si le requérant soutient qu'il est entré sur le territoire français muni d'un visa, il ne l'établit pas. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Si M. D, ressortissant algérien né le 6 février 1999, soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, le requérant ne produit aucune pièce au soutien de ses prétentions. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a déclaré être entré en France à la fin de l'année 2023, soit depuis trois mois à la date de la décision attaquée, être célibataire et sans charge de famille et ne justifie d'aucune attache familiale en France. Si l'intéressé soutient qu'il travaille en France, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpellé par les services de police le 25 mars 2024 pour des faits de vente à la sauvette de cigarettes sur le marché d'Aubervilliers. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
8. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de départ volontaire serait privée de base légale.
9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
10. Si M. D soutient que la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions susmentionnées, dès lors qu'il n'aurait pas déclaré explicitement ne pas vouloir se conformer à une éventuelle obligation de quitter le territoire français, il ressort de ses propres déclarations, lors de son audition par les services de police, qu'il a expressément indiqué vouloir rester en France. Il ressort également des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé était entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et que s'il déclarait un lieu de résidence, il ne justifiait pas y résider de manière stable et effective. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait refuser, pour ces motifs, d'octroyer à M. D un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
11. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait privée de base légale.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. Il résulte de ce qui a été dit plus haut que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire et dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
14. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à M. D de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Seine-Saint-Denis, après avoir rappelé dans l'arrêté la situation personnelle de l'intéressé, a retenu qu'aucun délai de départ volontaire ne lui avait été accordé, que ce dernier ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière, qu'il séjournait en France depuis trois mois, que sa situation familiale ne se caractérisait pas par de fortes attaches sur le territoire national, qu'il était célibataire et sans enfant à charge, et que son comportement constituait une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, M. D n'établit pas que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'ayant pas méconnu les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen doit être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. D ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions liées aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : M. D n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
F.-X. Prost
La greffière,
Signé
C. Phu
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026