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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2408114

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408114

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantALMEE SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 7 et 11 juin 2024, M. A B, représenté par Me Malik, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision n° DEC24_116 du 6 mai 2024 par laquelle le maire de la commune d'Asnières-sur-Seine a décidé de préempter le fonds de commerce situé au 53 avenue de la Marne à Asnières-sur-Seine (92600) ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Asnières-sur-Seine de suspendre la signature de l'acte de cession ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Asnières-sur-Seine la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il agit en qualité d'acquéreur évincé et qu'aucun élément du dossier n'apporte la justification de la nécessité pour la commune de réaliser le projet dans un délai restreint ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme en ce que le projet ne répond pas aux objectifs fixés par cet article et eu égard au défaut de mention de la nature précise du projet envisagé dans la décision de préemption ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation résultant de la comparaison des distances entre les différents restaurants et de la comparabilité entre les différents restaurants, les motifs avancés reposant sur un ensemble de faits matériellement inexacts.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2024, la société LCA Asnières, représentée par Me Abbe, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 1.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens n'est de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 26 et 27 juin 2024, la commune d'Asnières-sur-Seine conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est dépourvue d'objet, en ce que l'acte de cession a été signé, la requête étant dépourvue d'objet ;

- à titre subsidiaire, aucun moyen n'est de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2024, la société LCA Asnières, représentée par Me Abbe, persiste dans ses conclusions et par les mêmes moyens.

Vu :

- la requête n° 2408696, enregistrée le 7 juin 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 27 juin 2024 à 14 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Thobaty, juge des référés,

- les observations de Me Malik, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations du représentant la commune d'Asnières-sur-Seine, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a déposé une candidature afin d'acquérir le fonds de commerce sis, 53 avenue de la Marne à Asnières-sur-Seine à l'issue de la liquidation judiciaire de la société LCA Asnières. Par une ordonnance rendue le 3 avril 2024, le tribunal judiciaire de Nanterre a cédé le fonds de commerce à M. B qui a été retenue. L'intéressé a ensuite adressé une déclaration préalable de cession de fonds de commerce à la mairie d'Asnières-sur-Seine, le 15 avril 2024. Par une décision en date du 16 mai 2024, la commune d'Asnières-sur-Seine a décidé d'exercer son droit de préemption sur le fonds de commerce sis 53 avenue de la Marne. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

Sur la condition tenant à l'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets à l'égard de l'acquéreur évincé, cette condition doit en principe être regardée comme satisfaite lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision. Dans les circonstances de l'espèce, aucun motif ne permet de combattre la présomption d'urgence qui s'attache à la demande de suspension d'une décision de préemption.

Sur l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'urbanisme : " Le conseil municipal peut, par délibération motivée, délimiter un périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité, à l'intérieur duquel sont soumises au droit de préemption institué par le présent chapitre les aliénations à titre onéreux de fonds artisanaux, de fonds de commerce ou de baux commerciaux. / () Chaque aliénation à titre onéreux est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le cédant à la commune. Cette déclaration précise le prix, l'activité de l'acquéreur pressenti, le nombre de salariés du cédant, la nature de leur contrat de travail et les conditions de la cession. Elle comporte également le bail commercial, le cas échéant, et précise le chiffre d'affaires lorsque la cession porte sur un bail commercial ou un fonds artisanal ou commercial. () ". L'article L. 214-2 du même code prévoit que : " Le titulaire du droit de préemption doit, dans le délai de deux ans à compter de la prise d'effet de l'aliénation à titre onéreux, rétrocéder le fonds artisanal, le fonds de commerce, le bail commercial ou le terrain à une entreprise immatriculée au registre du commerce et des sociétés ou au registre national des entreprises en tant qu'entreprise du secteur des métiers et de l'artisanat, en vue d'une exploitation destinée à préserver la diversité et à promouvoir le développement de l'activité commerciale et artisanale dans le périmètre concerné. Ce délai peut être porté à trois ans en cas de mise en location-gérance du fonds de commerce ou du fonds artisanal. L'acte de rétrocession prévoit les conditions dans lesquelles il peut être résilié en cas d'inexécution par le cessionnaire du cahier des charges. / () La rétrocession d'un bail commercial est subordonnée, à peine de nullité, à l'accord préalable du bailleur. () ".

6. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé () / Lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme local de l'habitat ou, en l'absence de programme local de l'habitat, lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme de construction de logements locatifs sociaux, la décision de préemption peut, sauf lorsqu'il s'agit d'un bien mentionné à l'article L. 211-4, se référer aux dispositions de cette délibération. Il en est de même lorsque la commune a délibéré pour délimiter des périmètres déterminés dans lesquels elle décide d'intervenir pour les aménager et améliorer leur qualité urbaine. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets () d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques () ".

7. Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption exercée au titre d'un périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité en application de de l'article L. 214-1 du code de l'urbanisme peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien, en l'occurrence le fonds artisanal ou commercial ou le bail commercial, faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.

8. La commune d'Asnières-sur-Seine a motivé sa décision en faisant valoir que " l'activité pressentie de restauration rapide (burgers) déjà surreprésentée dans ce quartier ne participe pas au renouvellement et à la diversification des commerces, et ne répond pas aux attentes des administrés désireux de disposer d'une offre complémentaire de qualité, telle que traiteurs, salon de thé, ou restauration traditionnelle servie à table. ". En l'état de l'instruction et notamment au regard des termes de la décision attaquée, il ressort, que la commune d'Asnières-sur-Seine ne justifie pas de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement, dès lors que la décision se focalise sur l'interdiction des Fast Food dans le secteur et que la surface limitée du local ne permet pas d'envisager l'installation d'une restauration traditionnelle. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme est de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Aucun autre moyen n'est susceptible de fonder, en l'état du dossier, la suspension de la décision attaquée.

10. Aux termes de l'article L. 214-2 du code de l'urbanisme " Le titulaire du droit de préemption doit, dans le délai de deux ans à compter de la prise d'effet de l'aliénation à titre onéreux, rétrocéder le fonds artisanal, le fonds de commerce, le bail commercial ou le terrain à une entreprise immatriculée au registre du commerce et des sociétés ou au registre national des entreprises en tant qu'entreprise du secteur des métiers et de l'artisanat, en vue d'une exploitation destinée à préserver la diversité et à promouvoir le développement de l'activité commerciale et artisanale dans le périmètre concerné. Ce délai peut être porté à trois ans en cas de mise en location-gérance du fonds de commerce ou du fonds artisanal. L'acte de rétrocession prévoit les conditions dans lesquelles il peut être résilié en cas d'inexécution par le cessionnaire du cahier des charges ".

11. Il ressort des pièces du dossier que l'acte de cession du fonds de commerce constatant la substitution de la commune d'Asnières-sur-Seine à l'adjudicataire a été signé le 26 juin 2024 et que le prix de cession a fait l'objet de virements bancaires.

12. Il résulte de tout ce qui précède et compte tenu de la conclusion de l'acte de vente et du paiement du prix que l'exécution de la décision du 6 mai 2024 par laquelle le maire de la commune d'Asnières-sur-Seine a exercé le droit de préemption urbain d'un bien situé au 53, avenue de la Marne à Asnières-sur-Seine est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée, en tant qu'elle permet à la commune d'Asnières-sur-Seine de disposer du fonds de commerce et peut la conduire à user de ce bien dans des conditions qui rendraient irréversible cette décision de préemption et en tant qu'elle permet à la commune de rétrocéder ce fonds en application de l'article L. 214-2 du code de l'urbanisme.

13. Eu égard à la suspension partielle de l'exécution de la décision de préemption prononcée et à l'intervention nu transfert de propriété, les conclusions en injonction d'annuler la vente, présentées par M. B, doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Asnières-sur-Seine le versement à M. B d'une somme de 1.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande la société LCA Asnières au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 6 mai 2024 par laquelle le maire de la commune d'Asnières-sur-Seine a exercé le droit de préemption urbain d'un bien situé au 53, avenue de la Marne à Asnières-sur-Seine est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée, en tant qu'elle permet à la commune d'Asnières-sur-Seine de disposer du fonds de commerce et peut la conduire à user de ce bien dans des conditions qui rendraient irréversible cette décision de préemption et en tant qu'elle permet à la commune de rétrocéder ce fonds en application de l'article L. 214-2 du code de l'urbanisme.

Article 2 : Il est mis à la charge de la commune d'Asnières-sur-Seine le versement à M. B d'une somme de 1.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la commune d'Asnières-sur-Seine et à la société LCA Asnières.

Fait à Cergy, le 11 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

G. Thobaty

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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