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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2408261

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408261

mercredi 12 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408261
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre
Avocat requérantACHELI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme C, ressortissante turque, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français prise par le préfet du Val-d'Oise. La juridiction a écarté les moyens d'incompétence et de vice de procédure, jugeant que la signataire disposait d'une délégation régulière et que la requérante n'avait pas été empêchée de présenter ses observations. Le tribunal a examiné les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-18 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, mais les a rejetés. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de Mme C, confirmant ainsi la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juin et 14 novembre 2024, Mme B C, représentée par Me Kerkar et Me Acheli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de la mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour pour soins pour accompagner son enfant mineur malade ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de la mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour pour soins pour accompagner son enfant mineur malade ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est entaché d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalable et d'une méconnaissance des droits de la défense ;

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît l'article L. 423-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la communauté de vie a été rompue en raison des violences conjugales qu'elle a subies ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête. Il demande, en outre, qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Un mémoire, enregistré le 26 janvier 2025, a été produit pour Mme C et n'a pas été communiqué.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 septembre 2024, Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Louvel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante turque née le 27 décembre 1992, est entrée en France le 16 octobre 2019 en possession d'un visa de type D obtenu dans le cadre du regroupement familial. Elle a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " arrivant à échéance le 14 avril 2023. Par un arrêté du 4 mars 2024, dont Mme C demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A D, adjointe à la cheffe de bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise, d'une délégation du préfet du Val-d'Oise à l'effet de signer notamment toutes décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé, lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

4. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme C a été empêchée de faire valoir ses observations dans le cadre de la procédure d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour ayant abouti à l'arrêté contesté, ni qu'elle ait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou souhaité porter à leur connaissance, des informations sur sa situation. Au demeurant, la requérante ne précise pas quels sont les éléments qu'elle aurait souhaité faire valoir et qui auraient été susceptibles d'influer sur le contenu de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des droits de la défense en l'absence de procédure contradictoire préalable doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fondent. Par suite le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger a subi des violences familiales ou conjugales et que la communauté de vie a été rompue, l'autorité administrative ne peut procéder au retrait du titre de séjour de l'étranger admis au séjour au titre du regroupement familial et en accorde le renouvellement. En cas de violence commise après l'arrivée en France du conjoint mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention ''vie privée et familiale'' d'une durée d'un an. ".

7. Mme C soutient qu'elle a été victime de violences conjugales de la part de son époux qu'elle a rejoint en France en 2019 dans le cadre du regroupement familial, raison pour laquelle elle a quitté le domicile conjugal et assigné son conjoint pour obtenir le divorce. Elle produit un certificat de consultation sans réquisition établi le 26 octobre 2022 par l'unité médico-judiciaire du centre hospitalier de Gonesse, le procès-verbal ou récépissé de déclaration des plaintes qu'elle a déposées à l'encontre de son époux le 24 novembre 2022 pour des faits de violence et le 22 décembre 2022 pour menace de mort réitérée. Elle justifie par ailleurs être prise en charge par le service intégré d'accueil et d'orientation du Val-d'Oise/115 qui assure son hébergement depuis le 1er mars 2023 et produit l'ordonnance de mesures provisoires prononcées le 5 octobre 2023 par le juge aux affaires familiales du Tribunal judiciaire de Pontoise. Toutefois, les éléments produits au dossier par Mme C, qui ont été établis sur la base de ses seules déclarations, ne confirment pas l'existence de violences physiques. La requérante ne produit, par ailleurs, pas d'autres pièces, telles que des attestations de voisins, permettant d'établir la réalité des faits allégués, alors qu'il est constant que la plainte déposée par la requérante le 24 novembre 2022 a été classée sans suite et que l'intéressée n'établit pas ni même n'allègue que la seconde plainte aurait donné lieu à des poursuites. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme C se prévaut de l'ancienneté de son séjour sur le territoire français dès lors qu'elle y est entrée régulièrement pour la première fois en 2014 et pour la dernière fois en 2019 munie d'un visa portant la mention " regroupement familial ". Par ailleurs, elle produit des pièces attestant que sa fille, née en France le 15 mai 2016, souffre d'un handicap lourd, qu'elle a été orientée par la commission des droits de l'autonomie des personnes handicapées du Val-d'Oise vers un service d'éducation spécialisé et de soins à domicile par une décision valable du 1er mars 2020 au 28 février 2023, et qu'elle bénéficie d'un suivi en psychomotricité et kinésithérapie. Toutefois, ces éléments, s'ils mettent en valeur les problèmes de santé de son enfant, ne sauraient caractériser une intégration durable et intense en France de la requérante. En outre, Mme C, qui est séparée de son époux, ne se prévaut d'aucune autre attache privée et familiale sur le territoire français, alors qu'elle n'est pas isolée dans son pays d'origine, où résident toujours ses parents, ses deux frères et sa sœur. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la fille de la requérante ne pourra pas bénéficier d'une prise en charge adaptée dans son pays d'origine, le préfet du Val-d'Oise, en prenant l'arrêté attaqué, n'a méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la fille de Mme C entretient une relation affective particulière avec son père, qui, selon les déclarations mêmes de la requérante, s'en serait désintéressé. Dans ces conditions, il n'est pas établi que l'arrêté contesté contribuerait à distendre les liens de l'enfant avec son autre parent. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant de Mme C ne pourra bénéficier en Turquie d'une prise en charge adaptée à son handicap. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

12. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté en litige sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement n'appelant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions susmentionnées font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par Mme C, doivent, par suite, être rejetées.

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par le préfet du Val-d'Oise sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet du Val-d'Oise sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

M. Louvel, premier conseiller,

Mme Colin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.

Le rapporteur,

signé

T. Louvel

Le président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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