Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408283

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet du Val-d'Oise de convoquer Mme B A, ressortissante capverdienne, afin d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour. La juge a constaté l'urgence, l'intéressée étant en situation irrégulière depuis le 12 juillet 2024 et devant voyager, ainsi que l'utilité de la mesure face aux difficultés persistantes de prise de rendez-vous en ligne. La solution retenue impose à l'administration de fixer un rendez-vous dans un délai de huit jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2024, Mme D B A, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°)de prononcer toutes les mesures nécessaires à l'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de la convoquer afin qu'elle puisse faire enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui indiquer la liste des documents à produire pour permettre l'examen de sa demande.

Elle soutient que :

- sa demande est urgente dès lors que sa carte de séjour pluriannuelle expire le 12 juillet 2024 ce qui l'expose au risque de se trouver en séjour irrégulier et porte atteinte à sa liberté d'aller et venir ; elle doit se rendre dans son pays d'origine et a déjà acheté ses billets pour un vol prévu le 31 juillet 2024 ;

- la mesure sollicitée est utile dès lors que malgré ses multiples démarches, elle se heurte à des difficultés de prise de rendez-vous sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) et ne parvient pas davantage à obtenir un rendez-vous de la part de la préfecture du Val-d'Oise ;

- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fléjou, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante capverdienne née le 3 juillet 1978, soutient qu'elle tente de déposer sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle auprès de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) et de la préfecture du Val-d'Oise depuis le 11 mars 2024. Par la présente requête, elle demande à la juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui fixer un rendez-vous afin d'enregistrer sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

6. Mme B A, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 13 juillet 2022 au 12 juillet 2024 établit à l'instance par la production de plusieurs captures d'écran qu'elle a tenté en vain à de nombreuses reprises durant la période comprise entre début mars et fin mai 2024 de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour auprès des services de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) et de la préfecture du Val-d'Oise et qu'en raison de l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous à l'effet d'enregistrer cette demande, elle ne peut plus justifier de la régularité de son droit au séjour sur le territoire français depuis le 12 juillet 2024 et est privée de la possibilité de voyager, alors qu'elle doit retourner dans son pays d'origine à la fin du mois de juillet. S'il ressort des pièces du dossier que la préfecture a accusé réception de sa demande de rendez-vous le 28 mai 2024, il n'en ressort pas pour autant que celle-ci aurait fait droit à cette demande. De plus, la réalité de ce dysfonctionnement n'est pas utilement contestée par le préfet du Val-d'Oise lequel n'a pas produit d'observations en défense. Ainsi, eu égard à la date des premières démarches entreprises à l'effet de solliciter un rendez-vous, à la nature de la demande tenant au renouvellement d'un titre de séjour en cours de validité au moment des premières tentatives d'obtention d'un rendez-vous ainsi qu'à l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de Mme B A notamment l'impossibilité de justifier de son droit au séjour et de voyager, celle-ci démontre l'existence de circonstances particulières caractérisant la nécessité d'obtenir rapidement un rendez-vous à l'effet de pouvoir déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée doit être regardée comme remplie, de même que la condition d'utilité de cette mesure, laquelle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme B A une date de convocation dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance afin de lui permettre d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui indiquer les documents dont elle devra se munir à cette fin.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme B A dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation afin de lui permettre d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui indiquer les documents dont elle devra se munir à cette fin.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 22 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé

V. Fléjou

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2408283