Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408302
lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2408302 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaires enregistrés le 10 juin, le 2 juillet et le 10 juillet 2024, M. C, représenté par Me Baouali demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le délai de 15 jours courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'ordonner au préfet l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il a été notifié dans des conditions irrégulières faute que la présence d'un interprète soit établie ;
- le jugement est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur de fait ;
- son intégration dans la société française est exemplaire ;
- l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il est marié à une marocaine en situation régulière et peut prétendre de ce fait à un droit au séjour ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
S'agissant de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an :
- cette décision procède d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est disproportionnée et procède d'une erreur d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- cette décision procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie personnelle et familiale ;
S'agissant du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
- cette décision méconnait l'importance de ses attaches familiales en France et son insertion professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine communique les pièces constitutives du dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article
L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 11 juillet 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 13 juin 1983, entré en France en juin 2019 selon ses déclarations, a été interpelé par les services de police le 8 juin 2024 pour des faits de conduite de véhicule sans permis et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance. Par un arrêté pris le même jour, dont l'intéressé sollicite l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'arrêté du 8 juin 2024 comporte seulement une signature accompagnée de la mention " Pour le préfet et par délégation " et ne mentionne ni le nom, ni le prénom, ni la qualité du signataire, de sorte que celui-ci ne peut être identifié et que son habilitation à le signer par délégation du préfet des Hauts-de-Seine ne peut être vérifiée. En défense, le préfet des Hauts-de-Seine, qui s'est borné à produire les pièces constitutives du dossier sans apporter aucune précision quant à l'identité du signataire de l'arrêté en litige ni produire un arrêté de délégation de signature, ne justifie pas de l'habilitation de cet agent à prendre la décision attaquée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être accueilli.
3. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 8 juin 2024 doit être annulé en toutes ses dispositions, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
5. La présente décision implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine, ou tout autre préfet territorialement compétent en fonction du lieu de résidence actuel de l'intéressé, réexamine la situation de M. C. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois courant à compter de la notification de la présente décision et de délivrer à M. C, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
6. Il y a lieu également d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. C dans le système d'information Schengen.
Sur les frais de procédure :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. C demande au titre des frais prévus par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 8 juin 2024 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout préfet compétent de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai d'un mois courant à compter de la notification de la présente décision, de délivrer à M. C, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour et de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. Charlery La greffière,
signé
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.