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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2408313

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408313

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n°2412304 du 10 juin 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Paris a, sur le fondement de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A B, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 20 mai 2024.

Par cette requête, M. B, représenté par Me Cherif, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2024 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2024 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique du 18 juin 2024 :

- le rapport de M. F ;

- les observations de Me Cherif, représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens, et présente des conclusions nouvelles à fin d'injonction de réexamen de la situation de M. B, assorties de la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 1er août 1992, est entré sur le territoire français le 10 septembre 2013 selon ses déclarations. Il a été mis, à compter de l'année 2015, de titre de séjour en qualité d'étudiant. En dernier lieu, il séjournait sur le territoire français sous-couvert d'un titre de séjour valable jusqu'au 7 octobre 2023 et s'y est maintenu depuis lors sans avoir sollicité son renouvellement. Il a été interpellé le 16 mai 2024 en possession de produits stupéfiants. Par un premier arrêté du 18 mai 2024, le préfet de police de Paris a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi. Par un second arrêté du même jour, la même autorité lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. M. B sollicite l'annulation de ces arrêtés.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de police le même jour, le préfet de police a donné à Mme C D, attachée d'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés en litige auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. La décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B soutient résider régulièrement en France depuis 2010 et bénéficier d'un titre de séjour en qualité de salarié. Toutefois, l'intéressé ne justifie pas de son ancienneté de résidence continue en France depuis cette date mais seulement depuis l'année 2015, date à compter de laquelle il a résidé régulièrement en France sous couvert de titres de séjour en qualité d'étudiant jusqu'en 2017 puis de salarié, et se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis le 8 octobre 2023, son titre de séjour portant la mention " salarié " ayant expiré le 7 octobre 2023. L'intéressé, cadre employé par une société située au Kremlin-Bicêtre, a indiqué avoir oublié de solliciter son renouvellement à la suite d'un accident du travail (blessure au pouce). Par ailleurs, M. B, s'il peut se prévaloir de témoignages amicaux, est célibataire et sans enfant à charge. Enfin l'intéressé a été interpellé le 16 mai 2024 en possession de produits stupéfiants. Dans ces conditions, et bien que ce fait isolé ne soit pas constitutif d'une menace à l'ordre public, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme ayant porté à la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée par rapport aux buts de cette mesure. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur sa situation personnelle doivent dès lors être écartés.

Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

6. La décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ;(). ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, il n'est pas établi que le préfet aurait, avant d'édicter la décision refusant à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire, commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté susvisé du18 mai 2024 par lequel le préfet de police a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a suivi en France un parcours étudiant depuis 2015 qui a débouché sur une insertion professionnelle réussie en 2017, gâchée par la consommation de produits stupéfiant ayant donné lieu à son interpellation que l'intéressé a déclaré regretter. Dans ces conditions, eu égard aux près de 10 années de présence établies en France du requérant, de son parcours scolaire puis professionnel, de sa volonté de s'amender et des liens amicaux et professionnels qu'il a tissés sur le territoire français, et du caractère isolé de l'infraction qui a donné lieu à son interpellation, la décision portant interdiction de retour pour une durée de 24 mois doit être regardée comme étant entachée d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté susvisé du 18 mai 2024 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois doit être annulé.

13. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'injonction.

14. L'Etat n'étant pas, pour l'essentiel, la partie perdante, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté susvisé du 18 mai 2024 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois à l'encontre de M. B est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 21 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P.-H. F La greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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