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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2408341

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408341

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408341
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantZAJAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 juin et 15 juillet 2024, M. A, représenté par Me Zajac, avocat, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté, en date du 9 juin 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Zajac sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant refus de délai de départ volontaire :

- est illégale, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

la décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale, la décision portant obligation de quitter le territoire français étant elle-même illégale ;

la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale, dès lors que la décision portant refus de départ volontaire est elle-même illégale ;

- est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prost ;

- les observations de Me Zajac, avocat désigné d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 9 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, le requérant demande au Tribunal d'annuler cet arrêté en toutes ses dispositions.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. A a présenté un mémoire complémentaire avec l'aide d'un avocat commis d'office qui l'a également représenté lors de l'audience. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans le cadre de la présente instance.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D B, sous-préfète, chargée de mission auprès du préfet des Hauts-de-Seine, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté n° 2024-22 du 19 avril 2024, publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée, que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé avant de prendre la décision contestée.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. A, ressortissant guinéen né le 2 octobre 1990, soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, dès lors qu'il serait entré sur le territoire français en 2018, qu'il travaillerait comme chef de rang dans un restaurant et qu'il aurait de nombreuses attaches sur le territoire français. Toutefois, ces éléments ne sont assortis d'aucun élément permettant d'en établir la réalité. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A a de la famille dans son pays d'origine et déclare être célibataire et sans enfant à charge. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. M. A n'assortit le moyen qu'il invoque, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, d'aucune argumentation circonstanciée ni d'aucune pièce. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée, le 30 octobre 2020, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, le 18 juin 2021. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de départ volontaire serait privée de base légale.

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

13. M. A soutient que la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire méconnait les dispositions susmentionnées, dès lors qu'il n'aurait pas déclaré ne pas vouloir se conformer à une éventuelle obligation de quitter le territoire français. Toutefois, pour refuser à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé était entré irrégulièrement sur le territoire français et n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire sur ce seul motif.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait privée de base légale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Il résulte de ce qui a été dit plus haut que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire et dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

17. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet des Hauts-de-Seine, après avoir rappelé dans l'arrêté la situation personnelle de l'intéressé, a retenu qu'aucun délai de départ volontaire ne lui avait été accordé, que ce dernier ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière, que sa situation familiale ne se caractérisait pas par de fortes attaches sur le territoire national, qu'il est célibataire et sans enfant à charge et qu'il n'était pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. A cet égard, si M. A soutient qu'il travaille dans un restaurant comme chef de rang et qu'il a des attaches fortes en France, il n'en justifie pas. Dans ces conditions, M. A n'établit pas que le préfet des Hauts-de-Seine aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Compte tenu des circonstances de l'espèce, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté

18. Pour les mêmes motifs qu'énoncés précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions liées aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F.-X. Prost

La greffière,

Signé

C. Phu

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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