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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2408440

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408440

jeudi 5 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408440
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSKANDER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision implicite de rejet par le préfet du Val-d'Oise d'une demande de renouvellement de titre de séjour "vie privée et familiale". La juridiction a jugé que ce refus portait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, méconnaissant ainsi l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer la carte de séjour dans un délai d'un mois et a condamné l'État à verser une somme d'argent au requérant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2024, M. D... B..., représenté par
Me Skander, avocat, demande au Tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite de rejet de sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », née du silence gardé sur cette demande, présentée le 8 juillet 2022, par le préfet du Val-d'Oise ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B... soutient que la décision attaquée :

- n’est pas motivée ;
- est entachée d’un vice de procédure en l’absence de respect du principe du contradictoire ;
- est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Le préfet du Val-d'Oise a été mis en demeure le 21 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteuse publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant tunisien, a présenté au préfet du Val-d’Oise, le
8 juillet 2022, une demande de renouvellement de sa carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Le préfet du Val-d'Oise a gardé le silence sur cette demande laissant ainsi naître une décision implicite de rejet, dont M. B... demande l’annulation.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ».

Il ressort des pièces du dossier que M. B... est entré en France le 27 mars 2018, muni d’un visa C et déclare y séjourner habituellement depuis cette date. L’intéressé s’est marié, le 2 novembre 2019, avec Mme A..., compatriote titulaire d’une carte de résident valable du
18 juillet 2019 au 17 juillet 2029. M. B... a été mis en possession d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » valable du 17 mai 2021 le 16 mai 2022. Eu égard à l’ensemble de ces éléments, M. B... est fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet du Val-d’Oise a implicitement rejeté sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît, ce faisant, les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

Le présent jugement implique, eu égard au motif d’annulation retenu, qu’il soit enjoint au préfet du Val-d’Oise de délivrer à M. B... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu, à ce stade, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les conclusions aux fins d’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État, partie perdante, le versement à M. B... de la somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D É C I D E :


Article 1er : La décision implicite de rejet contestée est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise de délivrer à M. B... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’État versera à M. B... la somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Monsieur D... B... et au préfet du
Val-d’Oise.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Villette, conseiller, et M. Chichportiche-Fossier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2026.

Le rapporteur,
signé
K. KELFANI

L’assesseur le plus ancien dans l’ordre du tableau,
signé
G. VILLETTE

La greffière,

Signé


L. CHOUITEH

La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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