Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408452

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET DUCLOS KUBISZYN WYSTUP

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 8 juin 2024 par lequel la préfète de l'Essonne obligeait M. A, ressortissant congolais, à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de trois ans. Le tribunal a jugé que la préfète n'avait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant, qui était entré régulièrement en France à 12 ans, détenait un titre de séjour récent et avait une demande de renouvellement en cours. Cette annulation est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'État a été condamné à verser 1 000 euros à l'avocate de M. A au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2408027 du 11 juin 2024, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le même jour, le président du tribunal administratif de Montreuil a, sur le fondement de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif, la requête de M. D A.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 10 juin 2024, M. A, représenté par Me Wystup-Guilbert, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 8 juin 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant trois ans.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnaît le principe du contradictoire garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chaufaux pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date des décisions en litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chaufaux, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Wystup-Guilbert, avocate désignée d'office, représentant

M. A, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête, demande à ce que M. A soit admis à l'aide juridictionnelle provisoire et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Elle soulève un nouveau moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ;

- la préfète de l'Essonne n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais né le 30 juin 1971 à Brazzaville, est entré régulièrement en France en avril 1984 à l'âge de douze ans. A la suite de son interpellation par les services de police, la préfète de l'Essonne, par un arrêté du 8 juin 2024, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, la préfète de l'Essonne s'est fondée sur les circonstances que M. A ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, et qu'à la date de l'arrêté en litige, il n'était pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et n'avait pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'extrait du fichier national des étrangers (FNE) produit par la préfète de l'Essonne, que M. A est entré régulièrement en France en avril 1984, que son dernier titre de séjour était valable du 6 juillet 2022 au 5 juillet 2023, et qu'il a déposé une demande de renouvellement en cours d'instruction à la date de l'arrêté en litige. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la préfète de l'Essonne n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre l'arrêté en litige.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A dirigées contre l'arrêté en litige doivent être accueillies et que cet arrêté doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement de la somme de 1 000 euros au bénéfice de Me Wystup-Guilbert dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle serait accordé à M. A et sous réserve alors que Me Wystup-Guilbert renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 8 juin 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a obligé M. A à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant trois ans, est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Wystup-Guilbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Wystup-Guilbert, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Wystup-Guilbert et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Chaufaux

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.