Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408473

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B A, ressortissant pakistanais, qui contestait l'arrêté préfectoral du 31 mai 2024 lui refusant une attestation de demandeur d'asile et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire et le défaut d'examen sérieux, et a jugé que le requérant ne pouvait se prévaloir de l'article L. 435-1 du CESEDA, l'arrêté ne comportant pas de refus d'admission exceptionnelle au séjour. En application des articles L. 542-1 et L. 542-2 du CESEDA, le droit au maintien sur le territoire avait pris fin après le rejet définitif de ses demandes d'asile par l'OFPRA et la CNDA, rendant légale l'obligation de quitter le territoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2024, M. B A, représenté par Me Lujien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une incompétence ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa demande d'asile est toujours pendante devant la cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2024 le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Goudenèche, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée en vigueur à la date de la décision attaquée.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Goudenèche a été entendu au cours de l'audience publique du 25 juillet 2024.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant pakistanais né le 5 mai 1997, est entré sur le territoire français le 13 juillet 2019. Par une décision du 9 août 2021, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par une décision du 12 juillet 2022 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par une décision du 5 octobre 2022, l'OFPRA a rejeté sa première demande de réexamen pour irrecevabilité, rejet confirmé par la CNDA le 2 février 2023. Par un arrêté du 31 mai 2024 le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer une attestation de demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé. M. B A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté du préfet des Hauts-de-Seine n° 2024-27 du 7 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture

Mme E C, responsable du guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture des Hauts-de-Seine, a reçu délégation à l'effet de signer les " obligations de quitter le territoire relatives aux demandeurs déboutés du droit d'asile ", en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, directrice des migrations et de l'intégration. Il n'est pas établi ni même soutenu que Mme D n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque ainsi en fait et doit, par conséquent, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni de la décision attaquée que le préfet ait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux. Par suite, le moyen à le supposer soulevé, doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué ne comportant pas de décision de refus d'admission exceptionnelle au séjour, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen () ".

6. Aux termes de l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. "

7. Si le requérant soutient qu'il a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile le 31 mai 2024, soit le jour de la décision attaquée, il ne l'établit pas. Par ailleurs, le requérant soutient que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que la CNDA avait rejeté sa demande d'asile. Il ressort toutefois du relevé Telemofpra que la CNDA a rejeté son recours dirigé contre la décision de rejet de sa demande de réexamen par une ordonnance du 2 février 2023, notifiée le 1er mars 2023. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

Par ces motifs le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lujien et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 29 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Goudenèche La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.