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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2408539

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408539

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET DUCLOS KUBISZYN WYSTUP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 5 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024 le préfet des Hauts-de-Seine fait savoir que la requête n'appelle pas d'observations de sa part et transmet les pièces utiles au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chaufaux pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date des décisions en litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chaufaux, magistrate désignée,

- et les observations de Me Wystup-Guilbert, avocate désignée d'office, représentant

M. B, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant turc né le 14 mars 1975 à Mersin, entré en France le 16 septembre 2021, a sollicité l'asile le 28 septembre 2021. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 février 2022, notifiée le 22 mars 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 15 juillet 2022, notifiée le 30 juillet 2022. Sa demande de réexamen a également été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 novembre 2022, notifiée le 28 novembre 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 13 février 2023, notifiée le 10 mars 2023. Par un arrêté du 5 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté du 5 juin 2024 est signé par M. A E, adjoint au chef du bureau de l'asile qui bénéficie d'une délégation à cet effet, en vertu d'un arrêté SGAD n°2024-27 du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hauts-de-Seine le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales sur lesquelles il se fonde, notamment les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. B relatifs à sa demande d'asile et ses demandes de réexamen. L'arrêté précise que M. B déclare être marié et sans enfant, sa conjointe résidant dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'arrêté constate qu'en application de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucune circonstance particulière ne justifie qu'à titre exceptionnel un délai de départ volontaire supérieur à trente jours soit accordé à l'intéressé. Par suite, l'arrêté mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est, ainsi, suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. M. B soutient que l'arrêté porte atteinte à sa vie privée et familiale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, célibataire et sans charge de famille en France, ne justifie d'aucun lien particulier qu'il y aurait noué, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside son épouse et où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-six ans. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ". Ces stipulations font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

7. M. B invoque les risques pour sa sécurité qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine et les mauvais traitements qu'il est susceptible de subir en raison de ses activités en faveur de la cause kurde pour lesquelles il est poursuivi en Turquie. Au soutien de ses allégations, M. B produit une copie d'un jugement en turc daté du 21 décembre 2023 ne comprenant pas de signature manuscrite, ainsi que la traduction par un expert traducteur interprète en turc près de la Cour d'Appel de Versailles dont l'identité n'est pas indiquée. Outre la faible valeur probante de ces documents, ce jugement prononçant qu'un ordre d'interpellation a été dressé à l'encontre du requérant pour prendre sa déposition n'est pas à lui seul de nature à établir la réalité des risques allégués et établissant que M. B serait personnellement et actuellement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, et alors au demeurant que la demande d'asile présentée par M. B a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision en date du 18 février 2022, et par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 15 juillet 2022, le moyen tiré de ce que le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions et stipulations citées plus haut doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 7, le moyen tiré de ce que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Chaufaux

La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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