Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408552
lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2408552 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET DUCLOS KUBISZYN WYSTUP |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024, M. D A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 28 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
- l'arrêté méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- son éventuel retour dans son pays d'origine aura des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle, constitue une mesure disproportionnée non justifiée par l'ordre public et portera une atteinte à sa vie privée ;
- il réside habituellement en France depuis plus d'un an.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise confirme sa décision et produit les pièces constitutives du dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Chaufaux pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date des décisions en litige.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chaufaux, magistrate désignée,
- les observations de Me Wystup-Guilbert, avocate désignée d'office, représentant
M. A, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête et soulève un nouveau moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ;
- et les observations de M. A, assisté de Mme B interprète en langue turque ;
- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc né le 8 octobre 2004 à Sanliurfa, est entré en France le 3 janvier 2023 et a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 juillet 2023, notifiée le 4 août 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 avril 2024, notifiée le 15 avril 2024. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté en date du 28 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de destination.
2. En premier lieu, l'arrêté du 28 mai 2024 est signé par Mme F C, adjointe à la cheffe du bureau de l'intégration et des naturalisations, qui bénéficie d'une délégation à cet effet, en vertu d'un arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ". Ces dispositions font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.
4. M. A soutient qu'il craint d'être exposé à un risque réel pour sa personne, en cas de retour dans son pays d'origine du fait des autorités turques, dès lors que, objecteur de conscience, il est recherché dans son pays d'origine. Si le requérant fournit la capture d'écran d'un site internet gouvernemental turc le concernant, traduite par un expert traducteur près de la Cour d'appel de Versailles, faisant état de ce qu'il est poursuivi en raison de sa qualité de conscrit réfractaire et qu'il doit effectuer ses démarches pour le recensement définitif au service militaire sur le site internet dédié ou auprès du bureau compétent, cet élément n'est pas de nature à démontrer qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Turquie. Par suite, et alors au demeurant que la demande d'asile présentée par M. A a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision en date du 28 juillet 2023, et par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 9 avril 2024, le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. A soutient qu'il réside en France depuis plus d'un an et que son retour dans son pays d'origine constitue une mesure disproportionnée et portera atteinte à sa vie privée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, célibataire et sans charge de famille en France, ne justifie d'aucun lien particulier qu'il y aurait noué, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, ses deux sœurs et ses trois frères et où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 6, le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
E. Chaufaux
La greffière,
Signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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