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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2408638

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408638

mardi 23 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408638
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantGUILLOU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise (8ème Chambre) a rejeté l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet du Val-d'Oise, considérant qu'une décision implicite de rejet était née le 14 mars 2024, faute de réponse dans le délai de quatre mois prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Saisi d'un recours pour excès de pouvoir par M. A..., ressortissant algérien, le tribunal a annulé cette décision implicite de refus de titre de séjour. Il a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire pour régulariser la situation de l'intéressé, au regard de la stabilité et de la pérennité de son activité professionnelle établie depuis 2018. La décision s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2024, M. C... A..., représenté par Me Guillou, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l’intervalle, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
- la décision en litige est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations des article 7b et 7c de l’accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle au regard de son intégration professionnelle.


Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2025, le préfet du Val-d’Oise conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu’il a délivré à M. A... un récépissé valable jusqu’au 24 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

1. M. C... A..., ressortissant algérien, né le 3 juin 1990, entré en France le 27 septembre 2017, muni d’un visa, a sollicité le 14 novembre 2023 la délivrance d’un titre de séjour. Le silence du préfet sur sa demande a fait naître une décision implicite de rejet dont il demande l’annulation.

Sur l’exception de non-lieu à statuer :

2. Aux termes de l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu’il précise. (…) ». Selon l’article R. 431-13 du même code : « La durée de validité du récépissé mentionné à l’article R. 431-12 ne peut être inférieure à un mois. Il peut être renouvelé. ». L’article R. 432-1 du même code dispose que : « Le silence gardé par l’autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ». Enfin, aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l’article R. 432-1 naît au terme d’un délai de quatre mois. ».

3. Le préfet du Val-d’Oise fait valoir dans ses écritures en défense que la demande de titre de séjour de M. A... est toujours en cours d’instruction, que l’intéressé se trouve régulièrement pourvu d’un récépissé autorisant son séjour sur le territoire et que par suite, sa requête est sans objet. Toutefois, en l’absence de réponse de l’administration dans le délai de quatre mois prévu par l’article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à compter de la date de dépôt de la demande par M. A... du 14 novembre 2023, une décision implicite de rejet est née le 14 mars 2024. Par suite, l’exception de non-lieu présentée par le préfet du Val-d’Oise doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

4. Si les conditions de délivrance d’un titre de séjour aux ressortissants algériens sont régies de manière exclusive par l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il est toujours loisible au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, en faisant usage du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, et d’apprécier, compte tenu de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, dont la présence en France depuis le mois de septembre 2017 n’est pas contestée, établit, par la production d’un contrat de travail à durée indéterminée et son avenant et de bulletins de paie pour les mois d’octobre 2018 à octobre 2021 avoir travaillé à temps partiel pour la société DARCOM entre octobre 2018 et mai 2020 puis à temps plein à compter du 1er juin 2020 pour la même société. Il justifie ensuite avoir travaillé à temps plein pour la société Big Yass à compter du 1er novembre 2021 puis pour la société Phoneover à compter du 3 mai 2022. Il démontre ainsi avoir travaillé à temps partiel entre octobre 2018 et mai 2020, soit pendant un an et sept mois et à temps plein de juin 2020 jusqu’à la date de la décision contestée, soit pendant trois ans et dix mois. En conséquence, M. A... doit être regardé comme établissant, par les pièces qu’il produit, la pérennité ainsi que la stabilité de son activité professionnelle. Le requérant est dès lors fondé à soutenir que le préfet du Val-d’Oise, en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié », a commis une erreur manifeste d’appréciation dans l’exercice de son pouvoir de régularisation exceptionnelle et a entaché sa décision de refus d’admission au séjour d’illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de certificat de résidence doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

7. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Val-d’Oise ou le préfet territorialement compétent, délivre à M. A... un certificat de résidence algérien portant la mention « salarié ». Ainsi et en l’absence d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait propres à la présente espèce invoqué par l’autorité préfectorale, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à la délivrance de ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.






D E C I D E :


Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Val-d’Oise a rejeté la demande de titre de séjour de M. A... est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A... un certificat de résidence algérien portant la mention « salarié », dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’État versera à M. A... une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au préfet du Val-d’Oise.


Délibéré après l’audience du 1er septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
M. Jacquinot, conseiller,


Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2025.


La rapporteure,

Signé


S. Cuisinier-HeisslerLe président,

Signé


T. BertonciniLa greffière,

Signé


M. B...
La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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