Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408649

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'exécution de l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement du titre de séjour "salarié" de M. B et a prononcé son expulsion. Le juge a estimé que la condition d'urgence, présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour, n'était pas remplie en l'espèce, compte tenu de l'incidence immédiate de la décision sur la situation concrète de l'intéressé. Aucun des moyens soulevés, tirés notamment de la méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, n'a été jugé de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2024, M. A B, représenté par Me Achache, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " salarié " et de la décision portant expulsion du territoire français en date du 5 juin 2024 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce jusqu'à ce que le tribunal statue au fond sur sa requête ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine a refusé sa demande de renouvellement de titre de séjour et a prononcé son expulsion ; en outre, cet arrêté a des conséquences graves sur sa situation personnelle, familiale et professionnelle ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

* elle méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant expulsion du territoire français :

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle méconnait les dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne représente pas une menace grave pour l'ordre public ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3.1 de la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens invoqués par le requérant n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2408118, enregistrée le 7 juin 2024, par laquelle M. B demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Drevon-Coblence, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 28 juin 2024 à 15 heures 30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de

Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Drevon-Coblence, juge des référés ;

- les observations de Me Achache, représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de nationalité malienne entré sur le territoire français en 2019, à l'âge de 16 ans, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance des Hauts-de-Seine et a été titulaire de cartes de séjour temporaire en qualité de salarié valables du 29 avril 2021 au 28 avril 2022 et du 26 septembre 2022 au 25 septembre 2023 dont il a demandé le renouvellement. Par un arrêté en date du 5 juin 2024, dont il demande la suspension de l'exécution, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande et a prononcé son expulsion du territoire français.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcé la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Eu égard à son objet et à ses effets, une décision prononçant l'expulsion d'un étranger du territoire français porte, en principe, et sauf à ce que l'administration fasse valoir des circonstances particulières, par elle-même atteinte de manière grave et immédiate à la situation de la personne qu'elle vise et crée, dès lors, une situation d'urgence justifiant que soit, le cas échéant, prononcée la suspension de cette décision.

5. Il résulte de l'instruction que M. B et sa compagne de nationalité française ont été tous les deux reconnus coupables de faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours commis le 28 mai 2022 à Beauvais et condamnés à effectuer un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple et sexistes. Il résulte en outre de l'instruction que de leur union est née, postérieurement, une enfant de nationalité française le 28 juin 2023, que M. B se rend très fréquemment auprès de sa compagne et de sa fille, à l'entretien et à l'éducation de laquelle il établit contribuer, qui résident dans l'Oise, et travaille sous contrat à durée indéterminée depuis le 5 septembre 2023 en qualité de boulanger, après un parcours scolaire et d'intégration réussi. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie s'agissant de la décision d'expulsion de M. B.

6. M. B peut se prévaloir de la présomption d'urgence s'agissant de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour, et pour les mêmes motifs que mentionnés au point précédent, doit être regardé comme justifiant à ce titre d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant expulsion :

7. Les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué en tant qu'il porte expulsion du territoire français, méconnaît les dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de ménage grave à l'ordre public, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de M. B et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

8. Les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

9. Il résulte de ce qui précède que, les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé l'expulsion du territoire français de M. B et a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

10. Le code de justice administrative dispose à son article L. 511-1 que : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

11. La présente décision implique nécessairement que M. B soit autorisé à séjourner sur le territoire français jusqu'à ce que le préfet des Hauts-de-Seine ait statué sur sa demande ou qu'il soit statué sur sa requête au fond. Il y a lieu, sauf changement de circonstances de fait, de faire application de l'article L. 911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent compte tenu de son lieu de résidence, de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de cette notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'exécution de l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé l'expulsion du territoire français de M. B et a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent compte tenu de son lieu de résidence, de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de cette notification.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 2 août 2024.

La juge des référés

signé

E. Drevon-Coblence

La République mande et ordonne à la ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2408649