Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408655

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur une demande de suspension de l’exécution des décisions implicites de rejet du préfet des Hauts-de-Seine concernant le renouvellement du titre de séjour « passeport talent – carte bleue européenne » et la demande de carte de résident de M. B, a fait droit à la requête. La juge des référés a estimé que la condition d’urgence était présumée s’agissant d’un refus de renouvellement de titre de séjour et que les moyens soulevés, tirés de la méconnaissance des articles L. 421-11 et L. 421-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, étaient propres à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions. En conséquence, la suspension de l’exécution des décisions attaquées a été ordonnée, et il a été enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. B et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de sept jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2024, M. A B, représenté par Me Camus, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions de rejet nées du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur sa demande de délivrance d'une carte de résident et sur sa demande, à titre subsidiaire, de renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne " ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant d'une décision de rejet de demande de renouvellement d'un titre de séjour ; elle est en outre constituée compte tenu de ce que son employeur s'inquiète de la délivrance successive qui lui est faite de récépissés et dès lors qu'il a le projet, avec son épouse qui est titulaire de la carte de résident qu'il demande, d'acquérir leur résidence principale ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées dès lors qu'elles méconnaissent les articles L. 421-11 et L. 421-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2408690, enregistrée le 14 juin 2024, par laquelle M. B demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Drevon-Coblence, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 28 juin 2024 à

15 heures 30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Drevon-Coblence, juge des référés ;

- et les observations de Me Camus, représentant M. B, qui précise les moyens soulevés et conclut à ce que la juge des référés enjoigne au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer, ainsi que son office le permet, à l'intéressé, une carte de résident à titre provisoire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Une note en délibéré a été présentée pour M. B le 29 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 17 août 1980 et entré sur le territoire français le 10 avril 2016, était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne " pour les périodes du 10 avril 2016 au 9 avril 2019 et du 10 avril 2019 au 9 avril 2023. Le 28 février 2023, M. B a sollicité auprès des services de la préfecture des Hauts-de-Seine le renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle et a présenté, à cette occasion, une demande de carte de résident sur le fondement de l'article L. 421-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Se heurtant à une difficulté informatique, M. B a été convoqué à la sous-préfecture d'Antony pour enregistrer une nouvelle prise d'empreintes, le 9 novembre 2023, à la suite de laquelle un courriel en date du 20 décembre 2023 lui a été adressé par le bureau des étrangers de cette sous-préfecture indiquant que " le dossier est débloqué au niveau des empreintes mais il doit être validé par le pôle instruction ", précision renouvelée ensuite par courriels. M. B demande la suspension de l'exécution des décisions implicites de rejet nées du silence gardé par le préfet sur ses demandes.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution des décisions attaquées :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

4. En l'espèce, M. B peut se prévaloir de la présomption d'urgence dès lors que l'une des décisions contestées a pour objet de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

5. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour et étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui occupe un emploi hautement qualifié, pour une durée égale ou supérieure à un an, et justifie d'un diplôme sanctionnant au moins trois années d'études supérieures ou d'une expérience professionnelle d'au moins cinq ans d'un niveau comparable se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-carte bleue européenne " d'une durée égale à celle figurant sur le contrat de travail dans la limite de quatre ans, sous réserve de justifier du respect d'un seuil de rémunération fixé par décret en Conseil d'Etat. / Cette carte permet l'exercice de l'activité professionnelle salariée correspondant aux critères ayant justifié la délivrance. () ". Aux termes de l'article L. 421-12 de ce code : " L'étranger titulaire de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-carte bleue européenne " prévue à l'article L. 421-11 et qui justifie d'une résidence ininterrompue, conforme aux lois et règlements en vigueur, d'au moins cinq années sur le territoire d'un Etat membre de l'Union européenne sous couvert d'une carte identique, peut se voir délivrer une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans, à condition que, sur ces cinq années, il ait résidé en France les deux années précédant sa demande de délivrance de la carte de résident. / La décision d'accorder cette carte de résident est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7 () / L'étranger mentionné au premier alinéa doit également justifier de ressources stables, régulières et suffisantes dans les conditions prévues à l'article L. 426-17. "

6. Le moyen tiré de ce que le préfet des Hauts-de-Seine, en refusant de délivrer au requérant une carte de résident et de renouveler son titre de séjour, a méconnu les dispositions des articles L. 421-11 et L. 421-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de ces décisions.

7. Il résulte de ce qui précède que, les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution des décisions implicites par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté ses demandes de carte de résident et de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Le code de justice administrative dispose à son article L. 511 1 que : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

9. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, compte tenu de son lieu de résidence, de délivrer à titre provisoire à M. B une carte de résident, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution des décisions implicites par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer une carte de résident à M. B et de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent compte tenu de son lieu de résidence, de délivrer à titre provisoire à M. B une carte de résident, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 2 août 2024.

La juge des référés

signé

E. Drevon-Coblence

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°24086550