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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2408663

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408663

mercredi 28 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre
Avocat requérantZIANE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme D épouse A, ressortissante algérienne, qui contestait un arrêté du préfet du Val-d'Oise refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et une erreur manifeste d'appréciation, mais le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et légal. La solution retenue s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en relevant que le fils de la requérante, pour lequel elle sollicitait un titre en tant qu'accompagnant d'enfant malade, était devenu majeur.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 14 juin 2024, 15 juillet 2024, 5 et 11 août 2024, Mme C D épouse A, représentée par Me Ziane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 22 mars 2024 dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de forme faute de mention de la qualité de son signataire et des motifs d'empêchement de signer du préfet ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen approfondi de sa situation révélant une erreur de droit ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Le préfet du Val-d'Oise a communiqué l'ensemble des pieces utiles en sa possession, qui ont été enregistrées les 17 et 18 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Colin rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D épouse A, ressortissante algérienne, née le 5 octobre 1971, est entrée en France le 23 décembre 2017, munie d'un visa Schengen valable du 22 décembre 2017 au 22 mars 2018. L'intéressée a sollicité le 5 septembre 2019 un certificat de résidence, sur le fondement des dispositions du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, en se prévalant de sa qualité d'accompagnant d'enfant malade. Par un arrêté du 22 mars 2024, dont Mme D épouse A demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. B en sa qualité de directeur des migrations et de l'intégration, qui est mentionnée, lequel bénéficiait d'une délégation permanente du préfet du Val-d'Oise, par un arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise le même jour, à l'effet de signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ".

4. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a entendu faire application et les stipulations que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il indique les motifs pour lesquels le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer à Mme A un certificat de résidence, en qualité d'accompagnant d'enfant malade, sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien au motif que son fils est devenu majeur. Il fait également état de la situation personnelle de l'intéressée. L'arrêté attaqué, qui n'est pas tenu d'énumérer l'ensemble des éléments du dossier, fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivé. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3 ° de l'article L. 611-1, se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé, comme en l'espèce, et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit dès lors être écarté comme infondé.

5. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a refusé de délivrer à Mme D épouse A, le certificat de résidence qu'elle a sollicité, le 5 septembre 2019, sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien en se prévalant de sa qualité d'accompagnant d'enfant malade, aux motifs que son fils dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale est devenu majeur. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, le 5 septembre 2019, la requérante aurait également demandé la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, en se prévalant de son état de santé. S'il ressort des pièces versées au dossier par le préfet et notamment une fiche de renseignement remplie par l'intéressée le 9 février 2024, que cette dernière aurait sollicité un certificat de résidence en qualité " d'étranger malade ", il ne ressort pas des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet, qui n'était pas tenu de le faire, aurait également entendu se prononcer, dans le même arrêté, sur cette dernière demande d'un certificat de résidence. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir l'arrêté attaqué est entâché d'un défaut d'examen et d'une erreur de droit en ce que le préfet ne se serait pas prononcé sur sa demande présentée sur le fondement des dispositions du 7) de l'article 6 de l'accord susmentionné. Enfin, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressée au regard des éléments portés à sa connaissance. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoient que " - 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Mme D épouse A se prévaut de sa durée de présence en France depuis 2017 où elle réside avec son fils, qui y est scolarisé depuis lors et titulaire d'un certificat de résidence algérien valable du 27 juillet 2024 au 26 juillet 2025 et de son intégration professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a séjourné sur le territoire national pour accompagner son fils malade. Or, ce dernier est devenu majeur, le 15 mars 2021 et l'intéressée n'établit pas que sa présence auprès de lui serait désormais indispensable. Elle n'établit pas davantage l'intégration personnelle et professionnelle dont elle se prévaut par la seule production d'avis d'imposition au titre des années 2017 à 2023. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'est pas isolée dans son pays d'origine où résident quatre de ses enfants et six de ses huit frères et sœurs. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté contesté sur sa situation personnelle et familiale doit être écarté.

8. En dernier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D épouse A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonctions et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Par voie de conséquence du rejet de ses conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, présentées par Mme D épouse A doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D épouse A

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

M. Louvel, premier conseiller ;

Mme Colin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2025

La rapporteure,

signé

C. ColinLe président,

signé

S. Ouillon La présidente,

signé

C. Bories La greffière,

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2408663

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