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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2408686

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408686

mardi 23 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantPLACE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision du préfet du Val-d'Oise du 15 avril 2024 refusant un titre de séjour à M. B..., ressortissant marocain. Le préfet avait motivé son refus par l'utilisation d'une fausse carte d'identité italienne lors de l'embauche, estimant que cela constituait une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a jugé que ce seul fait, bien qu'établi, ne suffisait pas à caractériser une menace pour l'ordre public, entachant ainsi la décision d'une erreur d'appréciation. En conséquence, il a enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. B... dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2024, M. A... B..., représenté par Me Place, demande au tribunal :

1°) d’annuler pour excès de pouvoir la décision du 15 avril 2024 par laquelle le préfet du Val-d’Oise a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2400 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




M. B... soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;




- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors qu’elle se fonde sur la seule circonstance qu’il a utilisé un document falsifié pour permettre à son employeur de formaliser son embauche ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation et d’une inexacte qualification des faits de l’espèce ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2025, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de M. B... la somme de 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Jacquinot,
- et les observations de Me Banuls, se substituant à Me Place, représentant M. B....





Considérant ce qui suit :

M. A... B..., de nationalité marocaine, né le 20 octobre 1988, fait valoir être entré sur le territoire français le 15 juillet 2019. Le 17 janvier 2023, il a déposé une demande d’admission exceptionnelle au séjour. M. B... demande au tribunal l’annulation de la décision du 15 avril 2024 du préfet du Val-d'Oise rejetant sa demande de titre de séjour.





Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ».

Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B..., le préfet du Val-d’Oise s’est fondé sur la circonstance que la présence de l'intéressé sur le territoire français constitue un trouble à l'ordre public au motif qu’il a présenté lors de son embauche une fausse carte d’identité italienne. Si ces faits sont établis, l’intéressé le reconnaissant et produisant d’ailleurs une déclaration de restitution de ce document en sous-préfecture, à la date de la décision attaquée, cette seule circonstance ne suffit pas à établir que la présence de M. B... sur le territoire français constitue une menace pour l’ordre public. Par suite, la décision du 15 avril 2024 du préfet du Val-d'Oise rejetant sa demande de titre de séjour est entachée d’une erreur d’appréciation au regard de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet Val-d’Oise a rejeté la demande de titre de séjour de M. B... doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Eu égard à la nature du moyen d’annulation retenu, le présent jugement implique seulement qu’il soit enjoint au préfet du Val-d’Oise, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B.... Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise, ou au préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de le munir dans cette attente, d’une autorisation provisoire de séjour. Il n’y a pas lieu, dans l’immédiat, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais du litige :
M. B... n’étant pas la partie perdante dans l’instance, les conclusions présentées par le préfet du Val-d'Oise sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




D E C I D E :



Article 1er : La décision du préfet du Val-d’Oise du 15 avril 2024 est annulée.



Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de M. B... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans cette attente, d’une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions du préfet du Val-d'Oise présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Val-d’Oise.



Délibéré après l'audience du 1er septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
M. Jacquinot, conseiller,


Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2025.



Le rapporteur,


Signé


M. Jacquinot





Le président,


Signé


T. BertonciniLa greffière,


Signé


M. C...



La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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