Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408830

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette requête en référé, déposée devant le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, concerne un ressortissant ivoirien, M. B, qui sollicite une injonction à l'encontre du préfet du Val-d'Oise pour obtenir un rendez-vous afin de déposer une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Le juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, fait droit à la demande en constatant que le dysfonctionnement de la plateforme numérique ANEF empêche le requérant de déposer sa demande, et que cette situation est urgente car elle le prive de la possibilité de travailler et de subvenir aux besoins de ses enfants français. La solution retenue impose à l'administration de fixer un rendez-vous au requérant dans un délai raisonnable, en application des principes généraux du droit à voir sa situation examinée et de l'obligation de l'administration de garantir l'accès au service public.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 juin et le 5 juillet 2024, M. B, représenté par Me Meurou, demande au juge des référés, statuant en application de l'article

L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour sans délai par tout moyen, et notamment en lui délivrant une convocation pour un rendez-vous afin qu'il puisse déposer sa demande, dans un délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est dans l'impossibilité matérielle de déposer sa demande alors qu'il remplit toutes les conditions pour prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français et que l'absence de titre de séjour, de récépissé ou d'attestation de dépôt d'une demande l'empêche de travailler régulièrement et de participer à l'entretien et l'éducation de ses deux enfants de nationalité française ;

- la mesure sollicitée est utile, dès lors qu'en raison du dysfonctionnement du service d'enregistrement et de prises de rendez-vous pour déposer un titre de séjour, un étranger disposant d'un numéro " Administration Numérique pour les Etrangers en France " (ANEF) ne peut déposer une demande de titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise, qui par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2024 conclut à son rejet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 12 avril 1994, est entré en France le

10 novembre 2018 au moyen d'un visa Schengen de type " C ". Il fait valoir qu'il ne parvient pas à déposer, au moyen du téléservice ANEF, sa demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise notamment de lui fixer un rendez-vous afin qu'il puisse déposer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. D'une part, il n'est pas contesté par le préfet du Val-d'Oise que la demande de

M. B ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

5. D'autre part, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

6. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour.

7. Il résulte de l'instruction que M. B ne parvient pas à déposer sa demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français. Si le préfet du

Val-d'Oise fait valoir en défense que le requérant a été invité, le 3 avril 2024, suite à la clôture d'une première demande, à présenter une nouvelle demande via le site de l'ANEF avec le numéro ANEF 9503204119, les pièces versées au dossier par M. B montrent que ce dernier n'a pas été en mesure de redéposer sa demande, aucun des modules qui lui ont été proposés sur la plateforme dédiée ne correspondant à la situation de l'étranger " parent d'un enfant français ". Dans ces conditions, la demande du requérant, qui justifie par ailleurs être le père d'un enfant français né le 10 février 2023, revêt un caractère urgent et utile au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que cette demande ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de communiquer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation à M. B afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de communiquer à M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait, à Cergy, le 10 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

T. Louvel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.