Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408832
lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2408832 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juin 2024, Mme A B, représentée par
Me Gafsia, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de
l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du 20 mars 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais irrépétibles.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'en l'absence de renouvellement de titre de séjour et d'autorisation de travail, elle risque, d'une part, de perdre son emploi, de ne plus être en capacité de subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille et, d'autre part, de perdre le bénéfice d'un logement social dont le dossier passe en commission le 27 juin 2024 ; en outre, cette décision porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale et l'expose à une mesure d'éloignement ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été prise en violation des dispositions des articles L. 423-9 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, portant ainsi atteinte au droit de mener une vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que la requérante n'a pas transmis son dossier complet par voie postale à la sous-préfecture de Sarcelles, comme mentionné sur le site internet de la préfecture du
Val-d'Oise.
Vu :
- l'ordonnance n° 2403585 du 14 mars 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- l'ordonnance n° 2408732 du 18 juin 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- la requête n° 2408828, enregistrée le 18 juin 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 1er juillet 2024 à
9 heures 30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de
Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- et les observations de Me Gafsia, représentant Mme B, requérante, présente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en précisant ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante congolaise née le 17 octobre 1977 à Kinshasa en République Démocratique du Congo, déclare résider en France depuis 2004. A compter du 25 novembre 2011, elle a été mise en possession de titres temporaires et pluriannuels de séjour en qualité de parent d'enfant français. Son dernier titre expirant le 12 juillet 2023, elle a sollicité du préfet du Val-d'Oise son renouvellement, le 2 août 2023. Elle a été mise en possession d'une attestation de confirmation de renouvellement de titre de séjour, le 20 novembre 2023, puis d'une attestation de prolongation de l'instruction valable jusqu'au 12 juin 2024. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du 20 mars 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Aux termes de son article R. 431-2 : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. () En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci. / Le ministre chargé de l'immigration fixe par arrêté les modalités de l'accueil et de l'accompagnement mentionnés au deuxième alinéa ainsi que les conditions de recours et modalités de mise en œuvre de la solution de substitution prévue au troisième alinéa ". Aux termes de son article R. 431-3 : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ". Aux termes de son article R. 431-5 : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () ". Aux termes de son article R. 431-9 : " La délivrance ou le renouvellement du titre de séjour à un étranger est subordonné à la collecte, lors de la présentation de sa demande, des informations le concernant qui doivent être mentionnées sur le titre de séjour selon le modèle prévu à l'article R. 431-1, ainsi qu'au relevé d'images numérisées de sa photographie et, sauf impossibilité physique, des empreintes digitales de ses dix doigts aux fins d'enregistrement dans le traitement automatisé mentionné à l'article R. 142-11 ".
5. Mme B soutient que le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé de renouveler son titre de séjour par une décision implicite née le 20 mars 2024. Toutefois, il résulte de l'instruction que la demande de la requérante a été clôturée par les services de la préfecture, le 13 mars 2024, au motif qu'elle devait transmettre son dossier complet par voie postale à la sous-préfecture de Sarcelles, tel que le prévoit la procédure organisée par l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors que la requérante ne fait état d'aucun élément de nature à établir qu'elle aurait envoyé son dossier complet par la voie postale à la sous-préfecture de Sarcelles, l'administration ne peut être regardée comme ayant été régulièrement saisie d'une demande de titre de séjour et aucune décision implicite de refus n'a pu naître d'une absence de réponse à une demande qui n'a pas été présentée selon les formes exigées obligatoirement par voie réglementaire et qui a été clôturée pour ce motif. Par suite, ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence ni sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 8 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.2