Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408839

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408839
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, saisi en référé suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a examiné la demande de Mme A visant à suspendre la décision implicite de refus de titre de séjour et le refus de délivrance d’un récépissé par le préfet du Val-d'Oise. La requérante invoquait l’urgence et des moyens tirés du défaut de motivation, de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le tribunal a relevé un moyen d’ordre public tiré de l’inexistence des décisions contestées, ce qui rendait les conclusions irrecevables. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu’il soit nécessaire de statuer sur l’urgence ou les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2024, Mme B A, représentée par

Me Lenormand, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du 6 janvier 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision du 6 septembre 2023 par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros hors taxes en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'en l'absence de titre de séjour ou de récépissé, elle est dans l'impossibilité de s'inscrire pour passer l'examen de première année de CAP et de réaliser les stages requis pour ce faire, alors qu'elle a déjà procédé au règlement de la formation et perdra ainsi la somme engagée ; en outre, en l'absence de titre de séjour ou de récépissé, elle est dans l'impossibilité de se voir délivrer un nouveau passeport par le consulat algérien alors que le sien a expiré depuis le 13 mai 2024 ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées :

- elles sont entachées d'un défaut de motivation dès lors que le préfet ne lui a pas communiqué les motifs de ces dernières en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles ont été prises en violation des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle a déposé un dossier complet et ne s'est pas vu remettre de récépissé ;

- elles ont été prises en violation des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent son droit à l'éducation consacré par l'article L. 111-1 du code de l'éducation ;

- elles ont été prises en violation de sa liberté d'aller et venir et la privent de la possibilité de pouvoir justifier de son identité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer de la requête.

Il fait falloir que Mme A a été convoquée dans les services de la préfecture, le

27 janvier 2025 à 9 heures, afin de voir sa situation examinée.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 27 juin 2024, Mme A, représentée par

Me Lenormand, maintient l'ensemble de ses conclusions.

Vu :

- la requête n° 2408859, enregistrée le 18 juin 2024, par laquelle Mme A demande l'annulation des décisions contestées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 1er juillet 2024 à

9 heures 30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de

Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Poyet, juge des référés, qui a informé les parties, en application des dispositions des articles R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de suspension de l'exécutions des décisions refusant de lui délivrer un titre de séjour et un récépissé, ces décisions étant inexistantes ;

- et les observations de Me Lenormand, représentant Mme A, présente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, en précisant ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Une note en délibéré, enregistrée le 1er juillet 2024, a été produite pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 2 février 1975 à Tlemcen en Algérie est entrée en France en décembre 2019, sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfecture du

Val-d'Oise, le 6 septembre 2023. Une attestation de dépôt lui a été délivrée. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du 6 janvier 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision du 6 septembre 2023 par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un récépissé.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision ().

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Enfin, aux termes de l'article R. 432-2 de celui-ci : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour a le droit, s'il a été admis à déposer un dossier de demande et s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir, dès cet instant, un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour. Seuls l'incomplétude du dossier ou le caractère abusif ou dilatoire de la demande peuvent ainsi légalement justifier un refus d'enregistrement d'un dossier de demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés.

6. Aucune disposition législative ou réglementaire, notamment pas les articles

R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni aucun principe général ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité administrative serait tenue de recevoir un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer sa demande de titre de séjour. Toutefois, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande, et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable.

7. Mme A demande au juge des référés de suspendre, d'une part, l'exécution de la décision du 6 septembre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour et, d'autre part, l'exécution de la décision née le

6 janvier 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour.

8. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante s'est vue délivrer une convocation pour le 27 janvier 2025 à 9 heures afin d'y accomplir les démarches administratives nécessaires à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Ainsi, Mme A ne fait état d'aucun élément de nature à établir que sa demande de titre de séjour aurait été enregistrée par le préfet du Val-d'Oise de sorte qu'aurait dû, en principe, lui être délivré un récépissé. Par ailleurs, l'existence d'une décision de refus de délivrance de titre de séjour ne saurait être révélée par la circonstance selon laquelle une attestation de dépôt lui a été délivrée par le site internet démarches-simplifiees.fr, le 6 septembre 2023. Par suite, en l'absence d'enregistrement de sa demande, il n'existe pas dans l'ordre juridique, de décision par laquelle le préfet du

Val-d'Oise aurait implicitement refusé de faire droit à la demande de la requérante, ni de décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise aurait refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour.

9. Dans ces conditions, et sans préjudice de la possibilité pour l'intéressée, si elle s'y croit fondée, de saisir le juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de conclusions tendant au prononcé d'une injonction au préfet de lui communiquer une date de rendez-vous, antérieure à celle déjà fixée, en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour, la requête de Mme A est manifestement irrecevable et doit être rejetée dans son ensemble, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 8 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.2