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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2408851

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408851

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantLEPAGE Julie

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2024, M. B A, représenté par Me Lepage, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, déposée le 19 décembre 2023 ;

2°) d'annuler la décision en date du 18 juin 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 18 juin 2024 est entachée d'incompétence ;

- la décision implicite attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que M. A s'est vu délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valable du 24 juin 2024 au 23 septembre 2024.

Un mémoire, présenté pour M. A, a été enregistré le 11 octobre 2024 postérieurement à la clôture d'instruction intervenue dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh, rapporteure,

- les observations de Me Lepage, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ukrainien, a sollicité le 19 décembre 2023 auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Il s'est vu remettre un récépissé de demande de carte de séjour valable du 19 décembre 2023 au 18 juin 2024. En vertu des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l'administration sur cette demande de titre de séjour a fait naître, à l'issue d'un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet de cette demande. En outre, souhaitant renouveler son récépissé sur la plateforme de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), il s'est vu notifier le 18 juin 2024 une décision de classement sans suite. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, déposée le 19 décembre 2023 ainsi que la décision en date du 18 juin 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au classement sans suite de sa demande.

Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :

2. M. A, titulaire d'un récépissé de demande de carte de séjour valable du 19 décembre 2023 au 18 juin 2024, indique avoir sollicité le renouvellement de son récépissé sur la plateforme de l'ANEF et s'est vu notifier le 18 juin 2024 une décision de classement sans suite. Cette décision doit être regardée comme une décision de classement sans suite de sa demande de renouvellement de son récépissé et non de sa demande de délivrance d'une carte de séjour.

3. Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer sur la requête en raison de la délivrance à M. A d'un récépissé valable du 24 juin 2024 au 23 septembre 2024. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 juin 2024 de classement sans suite de la demande de renouvellement du récépissé de M. A sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

4. En revanche, ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une demande de délivrance d'un titre de séjour le 19 décembre 2023. Dès lors, le silence gardé pendant plus de quatre mois sur la demande présentée par M. A a fait naître une décision implicite de rejet. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision aurait été retirée ou annulée. Dans ces conditions, dès lors que la requête n'a pas perdu son objet dans cette mesure, l'exception de non-lieu opposée par le préfet des Hauts-de-Seine ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour déposée le 19 décembre 2023 :

5. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". L'article R. 432-2 du même code précise : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme du délai mentionné ci-dessus, une décision implicite de rejet de cette demande. Il en va autrement lorsqu'il est établi que le dossier de la demande était incomplet, le silence gardé par l'administration valant alors refus implicite d'enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours pour excès de pouvoir. De même, si le silence gardé sur une demande de titre de séjour présentée par voie postale, lorsqu'un tel mode de dépôt a été prescrit par le préfet, vaut rejet implicite de la demande, sauf à ce que le dossier soit incomplet, le silence gardé par l'administration sur une demande de titre irrégulièrement présentée par voie postale, en méconnaissance de la règle de comparution personnelle en préfecture, ne fait pas naître une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir. Si le préfet n'est pas tenu de rejeter une demande de titre de séjour irrégulièrement présentée en méconnaissance de la règle de comparution personnelle, une telle irrégularité, si elle est établie, peut légalement justifier, à elle seule, le refus de l'administration d'instruire la demande.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". La décision par laquelle un préfet rejette une demande de titre de séjour est au nombre des décisions qui doivent être motivées en application de ces dispositions. Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

7. Le préfet des Hauts-de-Seine ayant enregistré la demande de titre de séjour présentée par le requérant par voie postale le 19 décembre 2023, et lui ayant en conséquence remis un récépissé de demande de titre de séjour, il doit être regardé comme ayant considéré qu'elle était complète et accepté de l'instruire. Il s'ensuit qu'il doit être regardé comme ayant implicitement refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, la circonstance qu'un ressortissant étranger soit, après que sa demande de titre de séjour a été enregistrée, mis en possession d'un ou de plusieurs récépissés valant autorisation provisoire de séjour, ne pouvant faire obstacle à la naissance d'une décision implicite de rejet de sa demande de titre à l'expiration du délai de quatre mois. Or, il ressort des pièces du dossier que M. A a demandé par courrier du 2 mai 2024, réceptionné par les services de la préfecture des Hauts-de-Seine le 6 mai suivant, la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour du 19 décembre 2023. Par voie de conséquence, et dès lors que l'administration préfectorale ne lui pas communiqué les motifs de la décision implicite de rejet dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, M. A est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu l'obligation de motivation qui s'imposait à lui conformément aux dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens présentés à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande déposée le 19 décembre 2023, que M. A est fondé à solliciter l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard à la nature du moyen d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour à M. A mais seulement que le préfet des Hauts-de-Seine, ou le préfet territorialement compétent, procède à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 juin 2024 de classement sans suite de la demande de renouvellement du récépissé de M. A.

Article 2 : La décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de titre de séjour de M. A est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera à M. A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Jacquinot, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

Z. Saïh

Le président,

Signé

T. Bertoncini La greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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