Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409039

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASCE AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel le préfet des Yvelines obligeait M. A, ressortissant indien, à quitter le territoire français sans délai et lui interdisait le retour pour deux ans. La juridiction a retenu un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant, qui détenait une convocation pour un rendez-vous en sous-préfecture en vue d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Cette annulation est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'État a été condamné à verser 1 000 euros à M. A au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 17 juin 2024, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. B A, enregistrée le 1er juin 2024.

Par cette requête, M. B A, représenté par Estere Asce Avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines ou tout autre préfet territorialement compétent, de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour durant l'instruction de son dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation en droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors qu'il a obtenu un rendez-vous à la sous-préfecture de Sarcelles le 21 juin 2024 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Le préfet des Yvelines a produit des pièces enregistrées le 29 juillet 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Cordary pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cordary, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 août 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant indien né le 25 août 1976, est entré sur le territoire français en 2007, selon ses déclarations. Par un arrêté du 30 mai 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A est en possession d'une convocation qui lui a été adressée antérieurement à la date de l'arrêté attaqué par les services de la sous-préfecture de Sarcelles pour un rendez-vous fixé au 21 juin 2024 à 9h en vue d'une demande d'examen d'une admission exceptionnelle au séjour et l'invitant à se présenter muni de son dossier complet et à jour. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet des Yvelines n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de l'obliger à quitter le territoire français.

3. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 30 mai 2024 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet de délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour à M. A.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté susvisé du 30 mai 2024 est annulé.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. CordaryLa greffière,

Signé

C. Phu

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.