Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409058

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409058
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise rejette la requête de Mme B, ressortissante algérienne, qui contestait le rejet implicite de sa demande de certificat de résidence "vie privée et familiale". Le tribunal a appliqué l'article R. 222-1 7° du code de justice administrative pour rejeter la requête comme manifestement infondée. Il a jugé que le moyen tiré du défaut de motivation était inopérant, faute pour la requérante d'avoir demandé la communication des motifs. Les moyens tirés de l'erreur de droit au regard de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de la violation de l'article 8 de la CEDH ont été écartés, la requérante n'établissant pas que sa vie familiale ne pourrait se poursuivre en Algérie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Megherbi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de réexaminer sa demande et de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 6 mars 1975, demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val d'Oise a implicitement rejeté sa demande de certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ".

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués.". Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué que Mme B ait demandé la communication des motifs de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen soulevé par l'intéressée et tiré de l'absence de motivation de cette décision est inopérant.

4. En deuxième lieu, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

5. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit au regard de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, n'est assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien, la requérante se prévalant uniquement de la présence en France de sa fille et de son fils, tous deux en situation irrégulière et n'établissant pas que la vie familiale ne pourrait normalement se poursuivre à l'étranger et, en particulier, en Algérie, où elle a pris naissance. Il en est de même, pour le même motif, du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, Mme B produit des bulletins de salaire datés de 2020 à 2024 et argue de son insertion ainsi que de celle de ses enfants qui ont suivi une partie de leur scolarité en France. Toutefois, et alors que la requérante n'établit ni même n'allègue qu'elle ne pourrait normalement se réinsérer dans son pays d'origine où, selon ses déclarations, elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 41 ans, ces éléments, au surplus évoqués en termes brefs, sont, à eux seuls, manifestement insuffisants pour établir qu'en refusant de lui délivrer un certificat de résidence algérien, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet du Val d'Oise.

Fait à Cergy-Pontoise, le 1er octobre 2024.

Le président de la 2ème chambre,

signé

C. HUON

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.