Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409081
mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409081 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 juin et 15 juillet 2024, M. D E A, représenté par Me Semak, avocate, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté, en date du 8 juin 2024, par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire, de lui verser cette même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que l'arrêté attaqué :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un courrier enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de police a informé le Tribunal qu'aucune décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait été prise à l'encontre de M. D E A le 8 juin 2024.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Rannou, fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés et conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prost ;
- les observations de Me Chartier, substituant Me Semak et représentant M. A, qui s'en rapporte à ses écritures et ajoute que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- les observations de M. A qui précise n'avoir jamais cherché à se présenter sous une autre identité ;
- le préfet de police n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, le requérant demande au Tribunal d'annuler un arrêté en date du 8 juin 2024 par lequel le préfet de police aurait obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de police produit à l'instance, sans observations particulières, un arrêté en date du 8 juin 2024 par lequel il a obligé M. C B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office portant la mention " s'étant dit A D né le 21 novembre 2005 ". Le préfet de police doit être regardé comme soutenant, dans son mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2024, que la requête de M. A est donc bien dirigée contre un arrêté le concernant.
5. M. A soutient, sans être contredit par le préfet de police qui n'était ni présent ni représenté à l'audience, qu'il ne s'est jamais présenté sous une autre identité, tant auprès des services préfectoraux qu'auprès des services de police, qu'il dispose bien d'un passeport en cours de validité, et qu'il a engagé la procédure de régularisation de sa situation au regard du droit au séjour. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué qu'il ne correspond pas à la situation personnelle du requérant. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire français à l'âge de 16 ans, qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance sur décision du procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Nanterre, régulièrement renouvelée, qu'il poursuit sa scolarité dans la filière professionnelle avec d'excellents résultats, puisqu'il a obtenu une moyenne générale de 16 sur 20 au cours de l'année scolaire 2022-2023 et une moyenne générale au titre de l'année scolaire 2023-2024 de 14 sur 20 pour le 1er trimestre et de 14,79 pour le deuxième trimestre. Enfin, M. A produit un rapport socio-éducatif en date du 4 août 2023 qui témoigne du soutien sans équivoque de la structure d'accompagnement dans sa demande de 1er titre de séjour. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
6. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 8 juin 2024 attaqué doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur les frais du litige :
7. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Semak de la somme de 1 500 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où M. A ne se verrait pas accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, cette somme lui sera versée directement.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 8 juin 2024, pris par le préfet de police, est annulé en toutes ses dispositions.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Me Semak dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où M. A ne se verrait pas accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, cette somme lui sera versée directement.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D E A et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
F.-X. Prost
La greffière,
Signé
C. Phu
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.