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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2409088

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409088

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409088
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantFAURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juin et le 3 juillet 2024, l'association Stade Français olympique Courbevoie (SFOC), représentée par Me Faure, doit être regardée comme demandant au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 27 mai 2024 par laquelle le maire de Courbevoie a refusé de renouveler leur convention de partenariat ;

2°) d'ordonner à la commune de Courbevoie de reprendre les relations contractuelles avec elle jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Courbevoie la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la rupture de la convention de partenariat la prive de l'utilisation d'équipements sportifs nécessaires aux entraînements de ses membres, dont certains sont engagés dans des compétitions à brève échéance, et qu'elle met en péril la pérennité du club et les réinscriptions des adhérents pour l'année 2024-2025 ;

- plusieurs moyens sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* son signataire ne justifie pas de sa compétence ;

* elle est entachée d'un vice de procédure au regard des modalités prévues à l'article 7 de la convention signée le 19 janvier 2024, en l'absence de mise en demeure préalable ;

* la décision en litige est constitutive d'une rupture d'égalité et de discrimination ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, la commune de Courbevoie, représentée par Me Pezin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, à raison du défaut de qualité pour agir de la présidente de l'association et de la tardiveté de la requête au fond ;

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la requête n° 2409392, enregistrée le 22 juin 2024, par laquelle le SFOC demande l'annulation de l'arrêté attaqué,

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bories, vice-présidente, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 4 juillet 2024 à

10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de

Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Bories, juge des référés ;

- les observations orales de Me Faure, représentant l'association SFOC, qui maintient ses conclusions, par les mêmes moyens, et de Mme A Van, présidente de l'association ;

- et les observations de Me Pezin, représentant la commune de Courbevoie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Une note en délibéré a été produite pour la commune de Courbevoie le 4 juillet 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Stade Français olympique Courbevoie (SFOC) et la ville de Courbevoie ont conclu une convention de partenariat le 3 février 2021 pour une durée de trois ans, jusqu'au 31 décembre 2023, aux termes de laquelle la ville s'engageait à verser une subvention à l'association et à mettre à sa disposition des lignes d'eau au sein de la piscine municipale. Par une délibération du 29 novembre 2023, le conseil municipal de Courbevoie a approuvé le renouvellement de cette convention jusqu'au 31 juillet 2024. Une nouvelle convention de partenariat a été signée entre la ville et l'association le 19 janvier 2024. Par un courrier du 27 mai 2024, le maire de Courbevoie a informé l'association qu'en raison de plusieurs dysfonctionnements et manquements, la convention ne serait pas renouvelée au-delà du 31 juillet 2024. L'association SFOC demande la suspension de cette décision.

Sur la recevabilité :

2. En premier lieu, lorsque les dispositions ou stipulations applicables à une personne morale subordonnent à une habilitation par un de ses organes la possibilité pour son représentant légal d'exercer en son nom une action en justice, le représentant qui engage une action devant une juridiction administrative doit produire cette habilitation, au besoin après y avoir été invité par le juge. Toutefois, cette obligation ne s'applique pas, eu égard aux contraintes qui leur sont propres, aux actions en référé soumises, en vertu des dispositions applicables, à une condition d'urgence ou à de très brefs délais. Tel est le cas de l'action en référé prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Courbevoie et tirée du défaut de qualité pour agir de la présidente de l'association requérante en l'absence de justification de son habilitation pour ester en justice doit être écartée.

3. En second lieu, la commune de Courbevoie soutient que la requête au fond est tardive, dès lors que le courrier du 27 mai 2024 ne fait que confirmer une décision de non renouvellement de la convention de partenariat au-delà du 31 juillet 2024, prise par le conseil municipal le 29 novembre 2023, à l'encontre de laquelle les délais de recours ont expiré le 1er février 2024. Il résulte toutefois de l'instruction que le 19 janvier 2024, postérieurement à la délibération du 29 novembre 2023, une convention de partenariat triennale a été signée entre la commune et l'association, dont le terme est fixé au 31 décembre 2026. D'une part, la circonstance que ce document aurait été transmis par erreur à l'association requérante, à la supposer établie, est sans incidence sur la validité de la convention de partenariat du 19 janvier 2024, qui porte la signature du maire de Courbevoie et de la présidente du SFOC, ainsi que le cachet officiel de la mairie. D'autre part, la signature de cette convention de partenariat est une circonstance de fait nouvelle qui fait obstacle à ce que la décision du 27 mai 2024 soit regardée comme une confirmation de la délibération du 29 novembre 2023. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée du caractère confirmatif de la décision du 27 mai 2024, et, partant, de la tardiveté de la requête dirigée contre cette décision, ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

En ce qui concerne le cadre juridique :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. Il incombe au juge du contrat, saisi par une partie d'un recours de plein contentieux contestant la validité d'une mesure de résiliation et tendant à la reprise des relations contractuelles, lorsqu'il constate que cette mesure est entachée de vices relatifs à sa régularité ou à son bien-fondé, de déterminer s'il y a lieu de faire droit, dans la mesure où elle n'est pas sans objet, à la demande de reprise des relations contractuelles, à compter d'une date qu'il fixe, ou de rejeter le recours, en jugeant que les vices constatés sont seulement susceptibles d'ouvrir, au profit du requérant, un droit à indemnité. Dans l'hypothèse où il fait droit à la demande de reprise des relations contractuelles, il peut décider, si des conclusions sont formulées en ce sens, que le requérant a droit à l'indemnisation du préjudice que lui a, le cas échéant, causé la résiliation, notamment du fait de la non-exécution du contrat entre la date de sa résiliation et la date fixée pour la reprise des relations contractuelles.

6. Pour déterminer s'il y a lieu de faire droit à la demande de reprise des relations contractuelles, il incombe au juge du contrat d'apprécier, eu égard à la gravité des vices constatés et, le cas échéant, à celle des manquements du requérant à ses obligations contractuelles, ainsi qu'aux motifs de la résiliation, si une telle reprise n'est pas de nature à porter une atteinte excessive à l'intérêt général et, eu égard à la nature du contrat en cause, aux droits du titulaire d'un nouveau contrat dont la conclusion aurait été rendue nécessaire par la résiliation litigieuse.

7. Il incombe au juge des référés saisi, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de conclusions tendant à la suspension d'une mesure de résiliation, après avoir vérifié que l'exécution du contrat n'est pas devenue sans objet, de prendre en compte, pour déterminer si un moyen est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la validité de la mesure de résiliation litigieuse, d'apprécier si, en l'état de l'instruction, les vices invoqués paraissent d'une gravité suffisante pour conduire à la reprise des relations contractuelles et non à la seule indemnisation du préjudice résultant, pour le requérant, de la résiliation.

En ce qui concerne le doute sérieux :

8. Aux termes de l'article 7 de la convention de partenariat signée le 19 janvier 2024 : " En cas de non-respect par l'association des engagements inscrits à la présente convention, de non utilisation ou d'affectation non conforme des moyens mis à disposition par la Ville, de retard significatif de la non remise des documents demandés ou de modification substantielle des conditions d'exécution de la convention sans un accord écrit préalable, la Ville peut, à l'expiration d'un délai d'un mois suivant l'envoi d'une lettre recommandée avec accusé de réception valant mise en demeure, résilier la présente convention. ()". Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article, qui constitue un vice d'une gravité suffisante pour conduire à la reprise des relations contractuelles, est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne l'urgence :

9. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

10. Compte tenu de l'atteinte portée à l'intérêt attaché à la poursuite du partenariat avec la ville pour l'association requérante et pour ses adhérents, au nombre de plusieurs centaines, alors qu'il n'est pas contesté que le SFOC est l'unique club de natation à offrir des entraînements adultes et enfants sur le territoire de la commune de Courbevoie, et eu égard au nombre de nageurs préinscrits et à la proximité de la rentrée scolaire de septembre 2024, la condition relative à l'urgence est en l'espèce remplie.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 27 mai 2024 par laquelle le maire de la commune de Courbevoie a prononcé la résiliation de la convention de partenariat conclue avec le SFOC doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Eu égard au motif qui est retenu pour suspendre l'exécution de la décision de résiliation de la convention de partenariat conclue avec le SFOC, compte tenu de l'office du juge et dès lors qu'en l'état de l'instruction aucun motif d'intérêt général ne s'y oppose, la présente décision implique nécessairement d'enjoindre à la commune de Courbevoie de reprendre, à titre provisoire, ses relations contractuelles avec le SFOC.

Sur les frais du litige :

13. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'association requérante, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande la commune de Courbevoie au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Courbevoie une somme de 1 000 euros, à verser au SFOC sur ce fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : La décision du 27 mai 2024 par laquelle le maire de la commune de Courbevoie a prononcé la résiliation de la convention de partenariat conclue avec le SFOC est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Courbevoie de reprendre ses relations contractuelles avec le SFOC à titre provisoire.

Article 3 : La commune de Courbevoie versera une somme de 1 000 euros au SFOC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Courbevoie en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Stade Français olympique Courbevoie et à la commune de Courbevoie.

Fait à Cergy, le 9 juillet 2024

La juge des référés,

signé

C. Bories

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

conxécution de la présente décision.

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