Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409144
jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409144 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 juin 2024 et le 6 juillet 2024,
M. A B, assisté de la SELARL DKW, représentée par Me Wystup Guilbert, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension l'exécution de la décision du 2 mai 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a prononcé son expulsion du territoire français, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'arrêté prononçant l'expulsion du territoire français porte une atteinte grave et immédiate à sa situation, à sa vie privée et familiale, qu'il risque de perdre son emploi et se trouve dans une situation de grande précarité ;
- les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 631-1 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la préfecture du Val-d'Oise se trouverait dans l'incapacité de démontrer que sa présence sur le territoire français constitue toujours une menace grave et actuelle à l'ordre public ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que cette décision a des conséquences disproportionnées sur sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2408641, enregistrée le 14 juin 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 9 juillet 2024 à
9 heures 30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de
Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- les observations de Me Oulad Bensaid, substituant Me Wystup Guilbert, représentant M. B, requérant, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, en précisant ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 12 février 1998 à Bordj Bou Arreridj en Algérie, est entré sur le territoire français en 2007. Dans l'année suivant son arrivée sur le territoire français, son père a obtenu la nationalité française par la procédure d'enregistrement. M. A B étant alors mineur, il a ainsi également pu obtenir par ce biais la nationalité française. Toutefois, alors que le jeune M. A B était âgé d'environ seize ans, son père a finalement perdu la nationalité française, ce qui a abouti à la perte de la nationalité française également pour M. A B. À ses dix-huit ans,
M. B s'est vu délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix ans, valable jusqu'en 2026. La même année, il s'est rendu coupable du délit de séquestration avec libération volontaire, vol avec violence et extorsion. Il est poursuivi pour ces faits devant le tribunal correctionnel de Pontoise et condamné, le 28 février 2020, à une peine de cinq ans d'emprisonnement dont dix-huit mois assortis d'un sursis avec mise à l'épreuve pendant deux ans. En outre, le 21 janvier 2020, il est condamné par le tribunal correctionnel de Versailles à une peine d'une durée de huit mois d'emprisonnement pour des faits de bien provenant d'un vol (récidive). Le 7 mars 2024, M. B a été convoqué devant la commission départementale d'expulsion des étrangers, laquelle a rendu un avis favorable à son expulsion. Par un arrêté en date du 2 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise a ordonné l'expulsion du territoire français de M. B. Ce dernier demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 2 mai 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a prononcé son expulsion du territoire français.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. B, tels qu'ils ont été analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 2 mai 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a prononcé son expulsion du territoire français. Par suite, les conclusions de M. B tendant à la suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 25 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0