Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409165

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B, ressortissant ivoirien, qui demandait qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Le juge a considéré que la condition d'urgence n'était plus remplie, le préfet ayant établi une attestation de prolongation d'instruction de sa demande le 1er juillet 2024, régularisant ainsi provisoirement sa situation. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'arrêté du 27 avril 2021 relatif aux demandes de titres de séjour par téléservice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2024, M. B, représenté par Me Gozlan, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous en vue de l'examen de sa demande de titre de séjour portant la mention " parent d'enfant français ", dès notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de le munir, dans l'attente, d'un récépissé de demande de titre de séjour sous la même astreinte ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est établie, dès lors que la durée de validité de l'attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour de plein droit est arrivée à expiration il y a quatre mois ;

- il ne peut exercer le métier de chauffeur VTC pour lequel il a été reconnu apte le

26 avril 2024 ;

Sur l'absence d'obstacle à une décision administrative :

- aucune décision faisant grief n'a pu naître de ses tentatives infructueuses de connexion ;

Sur l'utilité de la mesure :

- il est maintenu en situation irrégulière du fait des dysfonctionnements de la procédure dématérialisée alors qu'il sollicite un titre de séjour de plein droit en qualité de parent d'enfant français ;

- la mesure de fixation d'un rendez-vous demandée est utile, en ce qu'elle lui permettra, du fait de la régularisation de son séjour, de travailler et de subvenir aux besoins de son enfant français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que ni la condition d'urgence ni celle d'utilité de la mesure sollicitée n'est remplie dès lors qu'une attestation de prolongation d'instruction de la demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français a été établie le 1er juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 10 septembre 1992, est entré en France le

21 octobre 2023. Le 8 septembre 2023, il avait déposé une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le site de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF) et s'est vu délivrer une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande valable du

28 novembre 2023 au 27 février 2024. Par mèl du 12 mars 2024 du support technique de la plateforme, M. B a été informé de ce que sa demande de titre de séjour était toujours en cours d'instruction et par mèl du 2 avril 2024, il lui a été indiqué que l'attestation de prolongation d'instruction de sa demande serait automatiquement renouvelée à la date d'expiration de la validité de la précédente, ce qui n'a pas été le cas. Malgré de nouveaux échanges par courriels des 13 mai, 15 mai et 23 mai 2024, M. B n'a pu obtenir de rendez-vous pour procéder au dépôt de sa demande de titre de séjour. Par la présente requête ce dernier sollicite, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des

Hauts-de-Seine de lui fixer une date de convocation en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3. En premier lieu, saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et

L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-15-1 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande () ".

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B a déposé une demande de titre de séjour, le 8 septembre 2023, sur le site de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF) en vue de la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français pour être le père de C de nationalité française, née le 8 août 2010. Il a obtenu une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande, valable du 28 novembre 2023 au 27 février 2024, qui, contrairement aux informations transmises par le support technique de l'ANEF, n'a pas été automatiquement renouvelée à son échéance. Toutefois, à travers ses écritures en défense, le préfet des Hauts-de-Seine établit, en produisant un extrait du dossier dématérialisé de l'intéressé, qu'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction a été générée le 1er juillet 2024, valable jusqu'au 30 septembre 2024, laquelle justifie de la régularité du séjour du requérant et l'autorise à travailler. Eu égard aux effets de cette attestation, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par M. B.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de se prononcer sur les conclusions présentées par M. B aux fins d'injonctions sous astreinte.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait, à Cergy, le 9 juillet 2024

La juge des référés,

Signé

C. Charlery

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.