Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409169
mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409169 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 24 juin 2024 et le 3 juillet 2024, Mme A, représentée par Me Birolini, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous aux fins de dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour dans le délai de quinze jours courant à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente de la délivrance d'une nouvelle carte de séjour, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la durée de validité de son titre de séjour étant expirée, la société qui l'emploie a suspendu son contrat de travail à compter du 21 juin 2024 pour une durée de quinze jours, avant d'y mettre éventuellement fin à défaut qu'elle puisse produire un récépissé de demande de titre de séjour ou un titre de séjour ;
Sur l'utilité de la mesure :
- la mesure demandée est utile, dès lors qu'elle ne peut faire renouveler son titre de séjour, malgré plusieurs tentatives de prendre rendez-vous.
Sur l'absence d'obstacle à l'exécution d'une décision administrative :
- il n'existe aucune décision administrative faisant obstacle à la mesure sollicitée ;
Sur l'absence de contestation sérieuse :
- elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit dès lors qu'elle réunit toujours les conditions qui lui avaient permis l'obtention de son précédent titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le dossier de la requérante n'étant pas complet, il lui appartient de déposer un nouveau dossier complet.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 11 mai 1967, a été mise en possession, le
21 juin 2023, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 20 juin 2024 délivrée par la préfecture du Val-de-Marne. Elle a déposé une première demande de titre de séjour, le 29 avril 2024, qui a été classée sans suite faute que le dossier comporte un justificatif de domicile de moins de six mois. Une deuxième demande, déposée le
7 mai 2024, a également été classée sans suite faute de production de " justificatifs récents du maintien des liens matrimoniaux en France depuis la délivrance du titre de séjour précédent () de justificatifs récents de l'entretien de relations certaines et continues avec les membres de la famille installée en France, de justificatifs de l'insertion dans la société française au cours de l'année précédente () ". Le 5 juin 2024, Mme A a, par l'intermédiaire de son conseil, saisit la préfecture de la difficulté de joindre les documents demandés faute d'espace prévu à cette fin sur la plateforme en adressant un mèl à l'adresse " pref-bse@hauts-de-seine.gouv.fr ". Faute de réponse de la préfecture, Mme A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer une date de convocation en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. En l'espèce, Mme A produit une lettre de son employeur, la SARL SMJ Services- APEF Courbevoie, en date du 20 juin 2024, suspendant son contrat de travail à compter du
21 juin 2024 et la mettant en demeure de fournir un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler ou un nouveau titre de séjour en cours de validité sous quinze jours, à défaut de quoi son contrat de travail serait rompu. Elle verse également à la procédure le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qui lui avait été délivré par la préfecture du Val-de-Marne le 21 juin 2023 valable jusqu'au 20 juin 2024, ainsi que les deux messages de classement sans suite de ses demandes des 29 avril et 7 mai 2024 dans la catégorie " demande de renouvellement d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale sauf pour les personnes ayant la qualité de conjoint(e) de français(e) ou de parent(e) d'enfants(s) ". Il ressort de la liste de documents à joindre énumérés dans le second message de classement sans suite qu'il est attendu des justificatifs récents du maintien des liens matrimoniaux en France, alors que la demande de Mme A ne se fonde pas sur l'existence de liens matrimoniaux mais sur la durée de sa présence en France de quinze années et sur ses liens familiaux constitués de sa fille chez qui elle est hébergée, de son fils et de ses petits-enfants. Par ailleurs, elle soutient sans être contredite par le préfet des Hauts-de-Seine, qui se borne à faire valoir qu'il lui appartient de déposer un nouveau dossier en reconnaissant qu'elle produit dans la présente instance les pièces nécessaires, qu'elle se trouve dans l'impossibilité d'intégrer les " justificatifs récents de l'entretien de relations certaines et continues avec les membres de la famille installé en France (), les justificatifs des conditions d'existence ( ) et les justificatifs de l'insertion dans la société française au cours de l'année précédente () ", ce dont elle justifie avoir informé les services préfectoraux par courriel du 5 juin 2024 resté sans réponse. Dans ces conditions, Mme A établit se trouver dans l'incapacité d'effectuer les démarches nécessaires au renouvellement de son titre de séjour du fait de l'administration, et être, de ce fait, privée d'exercice professionnel et de rémunération, justifiant ainsi d'une situation d'urgence et de l'utilité de la mesure qu'elle sollicite.
6. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Madame A une date de rendez-vous aux fins qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour, lequel rendez-vous devra intervenir dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de procédure :
7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement à Mme A de la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Madame A une date de rendez-vous aux fins qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour, lequel rendez-vous devra intervenir dans un délai de dix jours courant à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat le versement à Mme A de la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait, à Cergy, le 9 juillet 2024
La juge des référés,
Signé
C. Charlery
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.