Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409196

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409196
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la demande de Mme D tendant à obtenir la communication de la demande et de la décision d'opposition à sortie du territoire (OST) concernant sa fille. Le juge a considéré que la mesure d'OST, prise à titre conservatoire pour une durée de quinze jours par le préfet des Hauts-de-Seine le 20 juin 2024, avait expiré à la date de la requête, rendant la demande sans objet. En conséquence, la requête a été rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juin 2024 et des mémoires complémentaires enregistrés les 1er et 10 juillet 2024, Mme C D, représentée par Me Boulay, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner au préfet des Hauts-de-Seine de lui communiquer la demande d'opposition à sortie du territoire de sa fille E B A, née le 31 janvier 2022, présentée par le père de celle-ci M. B A et la décision d'opposition à la sortie du territoire (OST) à titre conservatoire pour 15 jours prise par le préfet des Hauts-de-Seine ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1.200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la mesure sollicitée est urgente et utile dès lors que cette mesure l'empêche de quitter le territoire français pour visiter la grand-mère de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la requête en référé mesures utiles :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Si le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, peut prescrire en cas d'urgence, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, c'est à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse, et sous réserve qu'elles ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave. S'il peut en particulier ordonner, lorsque les conditions posées par l'article L. 521-3 sont réunies, la communication de documents administratifs, sans qu'il soit besoin que le requérant ait au préalable saisi la commission d'accès aux documents administratifs, les pouvoirs qu'il tient de ces dispositions ne peuvent le conduire à faire obstacle à l'exécution de la décision, explicite ou implicite, par laquelle l'autorité administrative a rejeté la demande de communication de documents qui lui a été présentée. Il en résulte qu'il appartient au juge des référés de rejeter la demande dont il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 dès lors qu'une telle décision est intervenue antérieurement à l'enregistrement de la demande.

3. Aux termes de l'article 371-3 du même code : " L'enfant ne peut, sans permission des père et mère, quitter la maison familiale et il ne peut en être retiré que dans les cas de nécessité que détermine la loi ". Aux termes du III de l'article 2 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Peuvent être inscrits dans le fichier à la demande des autorités administratives compétentes : / () / 3° Les personnes mineures faisant l'objet d'une opposition à la sortie du territoire ". La circulaire du garde des sceaux, ministre de la justice, et du ministre de l'intérieur du 29 décembre 2016 relative aux conditions de sortie du territoire national des mineurs précise que " L'opposition à la sortie de territoire (OST) à titre conservatoire a pour objectif de permettre au titulaire de l'exercice de l'autorité parentale de faire opposition, sans délai, à la sortie de France de son enfant dans l'attente d'obtenir, en référé, une décision judiciaire d'interdiction de sortie du territoire (IST). ". En vertu de cette circulaire, sont susceptibles de faire l'objet d'une opposition à sortie de territoire les mineurs, résidant en France ou à l'étranger ou les mineurs étrangers dont les parents résident régulièrement en France. Cette circulaire prévoit également que la demande tendant au prononcé d'une opposition à sortie de territoire peut être présentée par le père ou la mère qui exercent conjointement l'autorité parentale. Enfin, la mesure administrative d'opposition à la sortie de territoire a une durée de validité de quinze jours et peut être prolongée.

4. Il résulte de l'instruction que Mme D indique que sa fille E B A, née le 31 janvier 2022, n'a pu franchir la frontière, alors qu'elle s'apprêtait à rejoindre le Maroc au motif qu'elle a fait l'objet d'une " opposition à la sortie du territoire " prise par le préfet des Hauts-de-Seine le 20 juin 2024 à la demande du père de l'enfant. Par cette requête, la requérante demande au juge des référés d'ordonner la communication de la demande d'opposition à sortie du territoire de sa fille E B A, née le 31 janvier 2022, présentée par le père de celle-ci M. B A et la décision d'opposition à la sortie du territoire (OST) à titre conservatoire pour 15 jours prise par le préfet des Hauts-de-Seine.

5. Il résulte des termes de l'annexe 3 de la circulaire 29 décembre 2016 relative aux conditions de sortie du territoire national des mineurs que : " La mesure administrative d'OST prise à titre conservatoire a une durée de validité de quinze jours. Elle ne peut pas être prorogée " et que " La radiation de la fiche " TM 02 " du FPR, créée à la suite d'une mesure administrative d'OST, intervient automatiquement au terme de la durée de validité de l'OST ou lorsqu'une demande d'inscription est présentée par le procureur de la République à la suite d'une décision judiciaire d'IST ". Dès lors l'opposition à la sortie de territoire (OST) à titre conservatoire a cessé de produire ses effets et que la radiation de l'inscription au fichier des personnes recherchées (FPR) doit être intervenue automatiquement, les mesures demandées de communication de documents ne présentent pas de caractère utile et doivent être rejetées.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D et au préfet des

Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 31 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

G. Thobaty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.