Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409241

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409241
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGARCIA AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B C, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral du 23 avril 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a relevé que le requérant ne produisait pas l'arrêté contesté et que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'en avait aucune trace, indiquant qu'un arrêté distinct avait déjà été pris le 22 avril 2024 à l'encontre d'un individu se faisant passer pour M. C. En conséquence, les conclusions dirigées contre une décision inexistante ont été jugées irrecevables, sur le fondement des articles R. 312-8 et R. 611-7 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2405551 du 26 juin 2024, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 26 juin 2024, le président du tribunal administratif de Montreuil a, sur le fondement de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif la requête de M. B C.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 24 avril 2024, M. C, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure de nature à effacer son signalement dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

- elles ont été prises au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il a été privé de la possibilité de présenter les éléments pertinents de sa situation qui auraient pu influer sur le contenu de la décision ;

- elles ont été prises au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit à être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- le risque de fuite n'est pas caractérisé ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis informe le tribunal qu'il ne dispose d'aucun dossier correspondant à un arrêté pris le 23 avril 2024 à l'encontre de M. B C.

Il fait valoir que par un arrêté en date du 22 avril 2024, il a obligé Monsieur A se disant B Diallo à quitter sans délai le territoire français et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant deux ans, que cet arrêté a fait l'objet d'une requête enregistrée le 23 avril 2024 au greffe du tribunal administratif de Montreuil, et que cette requête a été rejetée par un jugement n°2405521 du tribunal administratif de Montreuil en date du 2 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chaufaux pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date des décisions en litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Chaufaux, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique, au cours de laquelle elle a informé les parties de ce que le tribunal, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, était susceptible de fonder sa décision sur le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées à l'encontre d'une décision inexistante.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C demande au tribunal l'annulation de l'arrêté en date du 23 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant deux ans.

2. Si M. C soutient que par un arrêté en date du 23 avril 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant deux ans, il ne produit pas à l'instance cet arrêté. Par ailleurs, le préfet de la Seine-Saint-Denis fait valoir, sans être contesté, qu'il ne dispose d'aucun dossier correspondant à un arrêté pris le 23 avril 2024 à l'encontre de M. B C. Il s'ensuit que les conclusions de la requête dirigées contre ce prétendu arrêté tendent à l'annulation d'une décision inexistante et sont, par suite, irrecevables.

3. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Garcia et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024

La magistrate désignée,

Signé

E. Chaufaux

La greffière,

Signé

C. Phu

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.