Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409253

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409253
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. D, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise prolongeant son assignation à résidence. Le tribunal a jugé que le non-respect du délai de 96 heures pour statuer n'entache pas la procédure de nullité et que l'arrêté était suffisamment motivé. Il a également estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de l'intéressé, ni ne méconnaissait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, faute de preuves suffisantes de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. La décision se fonde sur les articles L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 juin 2024 et 4 juillet 2024, M. A D, représenté par Me Alili, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prolongé son assignation à résidence dans le département du Val-d'Oise pendant une durée de 45 jours renouvelable ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal administratif de Cergy-Pontoise n'ayant pas statué dans le délai de 96 heures, la procédure est nulle et la mesure d'assignation à résidence annulée par conséquence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bocquet comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 juillet 2024 :

- le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée ;

- les observations de Me Alili, représentant M. C B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant brésilien né le 20 avril 1988, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise par le préfet du Val-d'Oise le 16 février 2024. Par un arrêté du 6 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. Par un nouvel arrêté du 20 juin 2024, notifié le 24 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise a prolongé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. C B sollicite l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L.614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. /Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal. ".

3. Le non-respect du délai de 96 heures prescrit par les dispositions de l'article

L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas imparti à peine de dessaisissement du tribunal. Par suite, la circonstance que le tribunal n'ait pas statué dans ce délai est sans incidence sur l'appréciation de la légalité de l'arrêté attaqué. Il ressort au demeurant des pièces du dossier que le requérant a pu, en tout état de cause, former un recours contre l'arrêté attaqué.

4. L'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui le fonde. Il est par suite suffisamment motivé. Le seul fait que le nom d'une autre personne soit indiqué à une seule occurrence dans l'arrêté, cette erreur, bien que regrettable, est sans incidence sur l'arrêté attaqué.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. C B soutient que l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale eu égard à la présence en France de ses enfants et de sa compagne, titulaire d'un titre de séjour. Toutefois, le requérant se maintient irrégulièrement en France depuis 2009 et sa demande de titre de séjour a été rejetée en 2022. En outre, s'il soutient être père de sept enfants résidant en France dont six mineurs, et contribuer à leur entretien et éducation, les pièces produites, à savoir les actes de naissance des enfants et leurs passeports ainsi que les certificats d'assurance scolaire au nom de leur père comme souscripteur ainsi que quatre tickets de course et une facture de frais scolaires au nom de la mère des enfants, ne permettent pas d'établir les liens que le requérant entretient avec ses enfants ni sa participation à leur entretien ou à leur éducation. S'il produit une attestation d'auto-entrepreneur depuis le mois de juin 2021 ainsi qu'une déclaration de chiffres d'affaires de 900 euros pour le premier trimestre 2024, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir la réalité et l'intensité de son insertion professionnelle. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de sa contribution à l'entretien et l'éducation de ses enfants et plus largement de la disproportion de l'atteinte portée à sa vie privée et familiale doivent être écartés comme infondés.

7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Ainsi qu'il a été précédemment exposé au point 6, M. C B n'établit pas pourvoir à l'entretien et à l'éducation de ses enfants demeurant en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

P. Bocquet La greffière,

Signé

O. El Mocatar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.