Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409273

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant afghan, qui contestait un arrêté préfectoral du 4 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et non entaché d'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de l'absence d'attaches familiales ou d'insertion particulière en France. La décision s'appuie sur les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, confirmant la légalité de l'obligation de quitter le territoire, du délai de trente jours, de la fixation du pays de destination et de l'interdiction de retour d'un an.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2024, M. B A, représenté par Me Gagey, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'elle renonce à percevoir la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, dans le cas où il ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme directement.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles sont susceptibles d'avoir sur sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête de M. A et produit les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fabas a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né le 12 mai 2000, serait entré en France le 25 octobre 2020, selon ses déclarations. Le 17 janvier 2023, M. A a formé une demande d'asile laquelle a été rejetée le 21 juillet 2023 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). M. A a contesté cette décision et, par une décision du 14 décembre 2023, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté son recours formé à l'encontre de la décision de l'OFPRA. M. A a formé une première demande de réexamen le 9 janvier 2024 et sa demande a été rejetée par une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA du 18 janvier 2024 confirmée par une décision de la CNDA du 18 avril 2024. Par un arrêté du 4 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux délais dans lesquels le tribunal doit statuer, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté comporte l'ensemble des circonstances de fait et de droit qui le fonde et est ainsi suffisamment motivé.

5. En deuxième lieu, si M. A fait valoir qu'il réside de façon continue sur le territoire français depuis le 25 octobre 2020, il n'établit pas y disposer d'attaches personnelles ou familiales. Par ailleurs, il n'établit pas qu'il serait démuni de tout lien dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses 20 ans. Enfin, M. A ne se prévaut d'aucune insertion particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, l'arrêté du 4 juin 2024 n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

7. M. A réside sur le territoire français depuis moins de quatre ans à la date de la décision attaquée et n'établit pas y disposer de liens intenses et stables. Dans ces conditions, et en dépit des circonstances que M. A n'a pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il se serait soustrait et que sa présence ne représente pas une menace à l'ordre public, en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 4 juin 2024.

Sur les frais de l'instance :

9. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme que demande M. A au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celle de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite les conclusions formulées à ce titre par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Hauts-de-Seine et à Me Gagey.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 août 2024.

La magistrate désignée,

signé

L. Fabas

Le greffier,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°24092730