Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409309

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET DAMY RAYNAL HERVE-LANCIEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet du Val d'Oise avait ordonné le transfert de M. B, ressortissant turc, aux autorités suisses responsables de sa demande d'asile. La décision est motivée par la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, faute pour le préfet d'avoir organisé l'entretien individuel préalable obligatoire avec le demandeur. Le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois, sans astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet du Val d'Oise a ordonné son transfert aux autorités suisses responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 746-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

La requête a été communiquée au préfet du Val d'Oise qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ouillon pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 9 juillet 2024 :

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné ;

- les observations de Me Hervé-Lancien, avocate désignée d'office, représentant

M. B, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête, et soulève les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 4 et de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 et demande à ce que l'injonction sollicitée soit assortie d'une astreinte ;

- et les observations de M. B assisté de M. A, interprète en langue turque.

Le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 7 avril 1995, est entré irrégulièrement sur le territoire français en juin 2024. Il a présenté une demande d'asile le 14 mai 2024 et la consultation du fichier Eurodac a révélé qu'il avait déjà déposé une demande d'asile en Suisse. Une demande de reprise en charge a été adressée le 14 mai 2024 aux autorités suisses, en application de l'article 18b du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, lesquelles l'ont acceptée explicitement le 14 mai 2024. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a ordonné son transfert aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 susvisé : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

3. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier, le préfet n'ayant pas produit d'observations en défense ni communiqué de pièces, que M. B aurait bénéficié de l'entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement du 26 juin 2013. M. B qui a ainsi été privé d'une garantie procédurale, est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le moyen retenu étant le mieux à même de régler le présent litige, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet du Val d'Oise a décidé de son transfert aux autorités suisses.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le préfet procède au réexamen de la situation de l'intéressé dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 juin 2024 du préfet du Val-d'Oise est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de la situation administrative de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

S. OuillonLa greffière

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.