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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2409383

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409383

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté du préfet de police de Paris l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a notamment écarté les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation et de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il a également jugé irrecevables les conclusions dirigées contre le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, celui-ci ne constituant pas une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, M. B, représenté par Me Hagege, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à encontre une interdiction de retour en France d'une durée de deux ans ;

2°) d'annuler son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir dans les mêmes conditions d'astreinte et dans tous les cas, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect à la vie privée et familiale et méconnaît ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France d'une durée de deux ans :

- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte une atteinte excessive à sa situation au regard du but poursuivi et méconnaît en ce sens l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- ce signalement est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- il est illégal en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée l'interdiction de retour en France d'une durée de deux ans ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de se fonder sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, qui ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sont irrecevables.

Par une lettre enregistrée le 13 août 2024 et communiquée le même jour, le préfet de police de Paris a formulé des observations sur ce moyen relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Zaccaron Guérin, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin,

- et les observations de Me Ait Mouhoub, substituant Me Hagege, représentant le requérant, présent, qui reprend et précise les conclusions et moyen du requérant.

Le préfet de police de Paris n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 12 novembre 1998 demande l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée de deux ans en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. C D, attaché d'administration de l'Etat, adjoint au chef de la division des examens administratifs et des expulsions qui bénéficiait, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2024-167 du 18 mars 2024, d'une délégation du préfet de police de Paris à l'effet notamment de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision litigieuse, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Si le requérant soutient que la motivation de cette décision est insuffisante dans la mesure où le préfet ne s'est pas livré à un examen complet de sa situation, il ressort au contraire des pièces du dossier que le préfet de police de Paris a mentionné dans cette décision, les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée manque en fait et doit dès lors être écarté.

4. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B se prévaut de la continuité de son séjour sur le territoire français depuis 2018, des liens anciens, intenses et stables qu'il affirme y avoir tissés ainsi que d'une expérience professionnelle de près de quatre années en qualité de manutentionnaire au sein de la société ALYAN TRANSPORTS, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Toutefois, par les pièces qu'il produit, l'intéressé ne justifie pas de la réalité des liens anciens, intenses et stables dont il se prévaut et ne conteste par ailleurs pas qu'à la date de la décision attaquée, il était célibataire, sans charge de famille. En outre, la circonstance alléguée qu'il exerce une activité professionnelle depuis près de quatre années au sein de la même entreprise, n'est pas à elle-seule suffisante, eu égard à la gravité des faits de conduite sans permis sous l'emprise de produits stupéfiants qui lui sont reprochés, et qu'il ne conteste au demeurant pas, pour regarder M. B comme justifiant d'une intégration particulière en France. Dans ces conditions,

M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de police de Paris a porté à son droit au respect à la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vu desquels cette décision a été prise et qu'il a ainsi méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, eu égard à ce qui vient d'être énoncé, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France d'une durée de deux ans :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

8. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

9. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée qui vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 7 du présent jugement, que le préfet de police de Paris a pris en compte, au vu de la situation de M. B, l'ensemble des critères prévus par ces dispositions pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, en relevant notamment, que le requérant s'est maintenu en situation irrégulière depuis son entrée en France, qu'il représente une menace pour l'ordre public en raison de son signalement par les services de police pour conduite sans permis sous l'emprise de produits stupéfiants et qu'il se déclare célibataire sans charge de famille. Ainsi, la décision litigieuse, qui comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui la fonde, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée manque en fait et doit dès lors être écarté.

10. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour en France d'une durée de deux ans méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est opérant uniquement au soutien de conclusions tendant à l'annulation de décisions portant refus de séjour en France, est dès lors inopérant et doit par suite, être écarté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour en France d'une durée de deux ans méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

12. En dernier lieu, eu égard à ce qui vient d'être énoncé, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission du requérant dans le système d'information Schengen :

13. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

14. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation du signalement aux fins de non-admission de l'intéressé dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police de Paris en date du 26 juin 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Zaccaron Guérin La greffière,

Signé

C. Phu

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24093832

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