Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409397
mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409397 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ENAM |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 28 juin 2024, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. B.
Par cette requête enregistrée le 1er mars 2024, M. B, représenté par Me Enam, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an ou, à défaut, d'annuler la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- cette décision est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles
L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour en France d'une durée de trois ans :
- cette décision " ne se justifie pas " dès lors qu'il ne représente pas de danger pour l'ordre public et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs ;
- l'ordonnance du 23 octobre 2015 relative aux dispositions législatives du code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Zaccaron Guérin, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Zaccaron Guérin, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 19 avril 1992 demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, les dispositions de la loi du 11 juillet 1979 relatives la motivation des actes administratifs ont été abrogées par une ordonnance du 23 octobre 2015. M. B ne peut dès lors utilement invoquer les dispositions de cette loi pour soutenir que la décision litigieuse est insuffisamment motivée. En tout état de cause, cette décision comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de fait et de droit qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
3. En second lieu, en se bornant à soutenir que c'est à tort que la préfète du Val-de-Marne a prononcé la décision attaquée alors que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile indique qu'il s'agit d'une simple possibilité, qu'il dispose d'un passeport en cours de validité, d'une adresse stable et qu'il n'a pas déposé de demande de titre de séjour en préfecture dans la mesure où il attendait de disposer de vingt-quatre bulletin de salaire et qu'il n'est pas parvenu à prendre rendez-vous en préfecture, le requérant n'établit pas que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne le refus d'octroyer un délai de départ volontaire :
4. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (..) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentations suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () "
5. En l'espèce, en visant les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en relevant que le requérant était entré irrégulièrement en France, qu'il n'était pas titulaire d'un titre de séjour et qu'il ne présentait pas de garanties de représentations suffisantes, le préfet de Seine-et-Marne a énoncé de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit qui l'ont amené à refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque en fait et doit dès lors, être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour en France d'une durée de trois ans :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
7. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
8. En l'espèce, pour contester la décision d'interdiction de retour en France d'une durée de trois ans, litigieuse, le requérant se borne à soutenir qu'il ne présente aucun danger pour l'ordre public et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Toutefois, ces allégations qui ne sont assorties d'aucune autre précision ne sont pas de nature à remettre en cause les éléments de fait et de droit qui sont relatés dans la décision attaquée ayant conduit le préfet de Seine-et-Marne à édicter cette décision. En particulier, la décision attaquée, qui se fonde sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressé est entré en France au cours de l'année 2022 et qu'il n'a pas été en mesure de justifier de son entrée régulière sur le territoire français, qu'il a été interpellé le 27 février 2024 par les services de police pour des faits de conduite sans permis de conduire, qu'il a déclaré exercer une activité professionnelle sans avoir obtenu au préalable une autorisation de travailler, qu'il ne justifie en outre d'aucune circonstance particulière et que par ailleurs, il est célibataire, sans enfant, sans domicile personnel et certain et sans ressources légales et qu'enfin, ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas intenses et stables. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère " injustifié " de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne en date du 28 février 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. Zaccaron Guérin La greffière,
Signé
C. Phu
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24093972