Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409416
vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409416 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 28 juin et 1er août 2024, Mme A B, représentée par Me Dandaleix, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer sans délai un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
1/ en ce qui concerne l'urgence :
- l'urgence est présumée s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour ;
- elle ne possède plus aucun justificatif de régularité de son séjour alors qu'elle est conjointe de français et mère de deux enfants ;
- elle est dans l'impossibilité d'obtenir une convocation pour déposer sa demande de changement de statut sur le site de l'ANEF ; l'accès normal au service public n'est donc pas garanti ;
- cette situation porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;
2/ en ce qui concerne l'utilité de la mesure :
- le référé mesures utiles est la seule voie lui permettant d'obtenir un rendez-vous auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine ;
3/ la mesure sollicitée n'est pas de nature à faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative ;
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence ne saurait être présumée s'agissant d'une demande de changement de statut ;
- l'utilité de la mesure demandée n'est pas établie ;
- la mesure demandée se heurterait à l'exécution d'une décision administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante tunisienne née le 1er juin 1994, entrée régulièrement en France en juin 2019, s'est vu délivrer, le 11 août 2019, une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent salarié en mission " valable jusqu'au 10 juin 2023. Le 30 mai 2023, à l'occasion du renouvellement de son titre de séjour, elle a présenté une demande de changement de statut vers celui de conjoint de français. Le 9 juin 2023, une attestation de prolongation d'instruction lui a été délivrée, valable du 9 juin au 8 septembre 2023. Mme B a sollicité en janvier 2024, le renouvellement de cette attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour, demande restée sans réponse. Mme B demande au juge des référés d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer sans délai un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut vers un statut de conjoint de français.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
5. Enfin, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes, enfin, de l'article R. 432-2 dudit code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".
6. En l'espèce, d'une part, il résulte de l'instruction que la requérante a déposé, le 30 mai 2023, une demande de renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut vers un statut de conjoint de français. Il est constant qu'une attestation de prolongation d'instruction valable du 9 juin 2023 au 8 septembre 2023 lui a alors été délivrée, la requérante n'ayant pas été en mesure de produire l'acte de transcription sur les registres d'état civil de son mariage célébré en 2019 en Tunisie. Si la requérante indique avoir présenté sa demande de retranscription en juin 2023, ce qui n'est pas établi par les pièces du dossier, il est constant que sa demande n'a été enregistrée par le service central d'état civil que le 11 septembre 2023, soit postérieurement à la date d'expiration de l'attestation de prolongation d'instruction qui lui avait été délivrée. Il est par ailleurs constant que cette attestation de prolongation d'instruction n'a pas été renouvelée en dépit de la demande adressée par la requérante à la préfecture, postérieurement à l'expiration de son délai de validité, en janvier 2024. Ainsi, dans ces circonstances, et par application des dispositions rappelées au point 5, une décision implicite de rejet de la demande de renouvellement de titre de séjour présentée en mai 2023 par Mme B est née depuis lors. Eu égard à l'intervention de cette décision de refus, le prononcé de l'injonction sollicitée par la requérante sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
7. D'autre part, si Mme B soutient qu'elle est dans l'impossibilité de demander le renouvellement de son titre de séjour au motif qu'elle est confrontée au message d'erreur " votre titre de séjour est expiré depuis plus de neuf mois " sur la plateforme de l'ANEF, ainsi qu'il a été indiqué au point précédent, la demande de renouvellement du titre de séjour " passeport talent salarié en mission " dont Mme B était titulaire jusqu'au 10 juin 2023 a été rejetée et l'intéressée n'est plus, depuis lors, titulaire d'un titre de séjour. Il lui appartenait dès lors, de déposer une première demande de titre de séjour en qualité de " conjoint de français ". Or Mme B ne démontre pas avoir entrepris de démarches, qui seraient restées vaines, en vue du dépôt d'une demande de premier titre de séjour en cette qualité depuis qu'elle a reçu l'acte de transcription de son mariage dans les registres d'état civil le 10 mai 2024, et alors qu'elle a présenté, le 27 mai 2024, une première demande d'admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, les conclusions de la requérante tendant à ce que le juge des référés enjoigne au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une convocation à un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour ne présentent pas de caractère d'utilité au sens de L. 521-3 du code de justice administrative.
8. Enfin, et au surplus, ainsi qu'il a été rappelé au point précédent, il résulte de l'instruction que Mme B a, le 27 mai 2024, déposé une nouvelle demande de titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour sur le site " démarches en ligne ". Si, selon les pièces versées au dossier, Mme B aurait choisi de présenter une telle demande faute de pouvoir demander le renouvellement de son titre de séjour initial sur la plateforme de l'ANEF, il demeure que la requérante s'est vu délivrer, le 11 juin 2024, une attestation de dépôt et qu'il n'est ni établi, ni allégué, que cette demande, dans le cadre de laquelle elle pourra exposer sa situation aurait, depuis lors, fait l'objet d'un refus d'enregistrement.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence, que la requête de Mme B, présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 9 août 2024.
La juge des référés,
Signé
H. Lepetit-Collin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.