Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409421
mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409421 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, M. B A, représenté par Me Rosin, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 11 juin 2024 portant refus de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;
4°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de délivrer un document provisoire de séjour assorti d'une autorisation de travail dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir et ce jusqu'à l'issue du réexamen de sa situation ou jusqu'à l'intervention du jugement au fond rendu par le tribunal ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe sur le fondement de l'article 37 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Me Rosin ;
6°) de prévoir que dans l'hypothèse où il ne serait finalement pas admis définitivement à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée.
Il soutient que :
1/ la condition d'urgence est remplie, dès lors, que :
- la décision contestée, qui abroge son récépissé vient le placer en situation irrégulière sur le territoire français pour la première fois de son parcours depuis janvier 2022 ;
- la décision en litige a pour effet de l'empêcher poursuivre légalement sa formation professionnelle jusqu'à son terme ;
- la décision en litige vient ainsi très sérieusement compromettre la pérennité du contrat jeune majeur signé tout en faisant obstacle à ce qu'il accède à un dispositif d'hébergement de droit commun ou à un foyer jeune travailleur ;
2/ les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
- la décision en litige émane d'une autorité incompétente ;
- la décision en litige est insuffisamment motivée ;
- la décision en litige repose sur une mention figurant au ficher de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) du requérant ; or, les faits qui lui sont reprochés ont fait l'objet d'une décision de classement sans suite et ne pouvaient donc fonder cette décision ; par ailleurs, il n'est pas justifié par le préfet d'une saisine aux fins de demandes d'information des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents conformément à l'article R 40-29 I 5° du code de procédure pénale ;
- la décision en litige est entachée d'erreur de droit en l'absence d'examen global de sa situation au regard des critères posés par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; notamment la décision en litige et muette sur le contenu de l'avis de la structure d'accueil ;
- la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision en litige est entachée d'erreurs de faits ;
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- la requête n° 2309432, enregistrée le 28 juin 2024, par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 8 juillet 2024.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Lepetit-Collin, juge des référés ;
- les observations de Me Rosin, représentant M. A non présent.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. A, ressortissant malien né le 12 mars 2006, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 juin 2024 du préfet des Hauts-de-Seine en tant qu'il refuse de lui délivrer un premier titre de séjour.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".
3. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. Il résulte de l'instruction que M. A, est entré en France, de manière irrégulière, le 13 janvier 2022, alors qu'il n'était âgé que de 15 ans. Par une décision du président du conseil départemental des Hauts-de-Seine en date du 5 septembre 2022, M. A a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance pour la période du 29 août 2022 au 12 mars 2024, avant de bénéficier, à sa majorité, d'un contrat jeune majeur pour la période du 12 mars 2024 au 12 mars 2025. En décembre 2022, il a conclu, avec la Chambre des métiers et de l'artisanat de la Seine-Saint-Denis une convention d'apprentissage tendant à l'obtention d'un diplôme de " CAP Boulanger " et a signé, dans ce cadre, un contrat d'apprentissage avec la société " Le petit Rémy " qui exploite une boulangerie dans la commune de Levallois-Perret (92), contrat venant à échéance le 31 août 2024. Dans ces conditions, et alors notamment que M. A avait bénéficié, depuis le dépôt de sa demande de titre de séjour en janvier 2024, à sa majorité donc, d'un récépissé l'autorisant à travailler dans le cadre de sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision en litige, qui place M A en situation irrégulière de séjour sur le territoire national et compromet la poursuite de la scolarité en apprentissage du requérant, préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle pour que la condition tenant à l'urgence soit regardée, en l'espèce, comme remplie.
S'agissant des moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse :
7. En l'état de l'instruction, les moyens tirés que le préfet des Hauts-de-Seine ne pouvait se fonder sur les faits mentionnés dans le fichier TAJ qui ont donné lieu à une décision de classement sans suite du procureur de la République de Paris le 2 novembre 2022 et de ce que le préfet n'aurait pas, avant de refuser de faire droit à la demande de titre de séjour du requérant, saisi les services compétents de la police nationale ou de la gendarmerie nationale pour complément d'information, ou le procureur de la République compétent aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires conformément aux dispositions du 5° du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, apparaissent propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine procède au réexamen de la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et lui délivre, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Rosin, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Rosin de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de décision en date du 11 juin 2024 du préfet des Hauts-de-Seine refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Rosin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Rosin, avocat de M. A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A à Me Rosin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
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Fait à Cergy, le 17 juillet 2024.
La juge des référés,
Signé
H. Lepetit-Collin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.