Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409422

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409422
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de refus de délivrance d’un duplicata de carte de séjour présentée par un ressortissant portugais. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas établie, le requérant se bornant à des allégations générales sans démontrer une atteinte grave et immédiate à sa situation, malgré l’absence de titre de séjour. La requête a été rejetée sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, sans examen du doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, M. A B représenté par Me Kouassi, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a refusé de lui délivrer un duplicata de sa carte de séjour portant la mention " UE ou membre de famille " ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer son dossier et de lui délivrer le duplicata dans un délai de trois jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Il soutient que :

1/ la condition d'urgence est remplie, dès lors que, en dépit de ses relances, il n'a reçu aucune réponse satisfaisante de la part de la préfecture et qu'il se retrouve, du jour au lendemain, sans aucun titre de séjour ;

2/ les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit et méconnait les dispositions des articles L. 112-8, L. 112-9 et L. 112-10 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il a tenté, en vain, de contacter les services compétents pour se voir remettre ce duplicata.

Vu :

- la requête n° 2316821, enregistrée le 15 décembre 2023, par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant portugais né le 22 janvier 1957, a sollicité, le 22 septembre 2022, un duplicata de sa carte de séjour portant la mention " Ressortissant UE ou membre de famille ". N'ayant pu obtenir ce duplicata, il a, par courrier en date du 6 novembre 2023, sollicité du préfet du Val-d'Oise la communication des motifs de la décision implicite de refus née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur sa demande. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision implicite de refus.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. B, qui est assisté d'un conseil, se borne à indiquer qu'en dépit de ses relances, il n'a reçu aucune réponse satisfaisante de la part de la préfecture et qu'il se retrouve, du jour au lendemain, privé de titre de séjour. Toutefois, en se bornant à ces allégations générales et particulièrement brèves, alors au demeurant qu'il a présenté une requête tendant à l'annulation de la décision en litige dès le 15 décembre 2023, le requérant n'apporte pas suffisamment d'éléments pour établir l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions présentées par M. B à fin de suspension ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction, de ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles relatives aux dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 5 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé

H. Lepetit-Collin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.