Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409423
mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409423 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 juin et 5 juillet 2024, M. A B, représenté par Me de Sèze, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite refusant de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour et de délivrance d'une carte de résident en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur cette demande ;
3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une carte de résident dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet compétent de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce que le juge du fond statue sur sa demande ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser Me de Sèze qui sera autorisé à en poursuivre directement le recouvrement.
Il soutient que :
1/ la condition d'urgence est remplie, dès lors, que :
- elle est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;
- il justifie avoir déposé, sur le site de l'Administration numérique des Étrangers en France (ANEF), sa demande de renouvellement antérieurement à l'expiration de son titre de séjour et trois attestations de prolongation d'instruction successives lui ont été délivrées, avant l'expiration de la dernière, non renouvelée ;
- il n'a pu se rendre au travail pendant le mois de juin, sans que son employeur ne formule cette décision par écrit, car il n'a plus d'autorisation de travail ;
- la précarité matérielle et administrative impliquée par la décision litigieuse influe sur sa santé mentale, le plaçant dans une situation d'angoisse ;
- l'hypothèse dans laquelle un récépissé lui serait remis, en cours d'instance, n'aurait pas de conséquence sur la caractérisation de l'urgence, présumée en matière de renouvellement ;
2/ les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer une carte de résident en application des dispositions des articles L. 424-9 et L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer et fait valoir qu'une nouvelle autorisation de prolongation d'instruction, valable du 3 juillet 2024 au 2 janvier 2025 a été délivrée à l'intéressé.
Vu :
- la requête n° 2408698, enregistrée le 17 juin 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision en litige ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 8 juillet 2024.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Lepetit-Collin, juge des référés ;
- les observations de Me Rosin, substituant Me de Sèze, représentant M. B non présent.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1992, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite refusant de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour et de délivrance d'une carte de résident née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur cette demande.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".
3. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
4. Le préfet du Val-d'Oise fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de
M. B dès lors qu'il lui a délivré une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour valable du 3 juillet 2024 au 2 janvier 2025. Cependant, en l'absence de délivrance, à la date à laquelle le juge des référés se prononce, du titre de séjour sollicité par le requérant, la circonstance que le requérant a obtenu une telle attestation de prolongation d'instruction ne prive pas d'objet sa demande de suspension du refus de lui renouveler son titre de séjour. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet du Val-d'Oise ne peut être accueillie.
Sur les conclusions à fin de suspension :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition relative à l'urgence :
6. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas parmi lesquels figurent les demandes de changement de fondement de titre de séjour, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
7. En l'espèce, la décision de refus en litige a été opposée à une demande de renouvellement d'une titre de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire" valable du 22 juillet 2019 au 21 juillet 2023. La circonstance que, postérieurement à l'introduction de la requête, une attestation de prolongation d'instruction valable du 3 juillet 2024 au 2 janvier 2025 a été remise au requérant n'est pas de nature à faire échec, à elle seule, à la présomption d'urgence mentionnée au point précédent. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
8. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 424-9 et L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en litige jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder son office, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.
10. En l'espèce, si M. B demande au juge des référés d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de résident en application des dispositions de l'article
L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une telle mesure aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative de la décision par laquelle le juge de l'excès de pouvoir viendrait, le cas échéant, prononcer l'annulation de la décision de refus litigieuse. Ces conclusions doivent donc être rejetées. Cependant, la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Val-d'Oise réexamine la situation de M. B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance sans qu'il y ait toutefois lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il n'y a pas davantage lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer une autorisation provisoire de séjour au requérant, ce dernier ayant été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction autorisant son séjour régulier, actuellement en cours de validité, ainsi qu'il a été rappelé.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me de Sèze, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me de Sèze de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. B.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé à
M. B le renouvellement de son titre de séjour en sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de la demande de
M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me de Sèze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me de Sèze, avocat de M. B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. B.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, à Me de Sèze, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 17 juillet 2024.
La juge des référés,
Signé
H. Lepetit-Collin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.