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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2409431

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409431

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. F, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté du préfet de police de Paris portant de 12 à 24 mois la durée de son interdiction de retour en France. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision légalement fondée sur les articles L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également estimé que la décision ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni n'était entachée d'erreur manifeste d'appréciation, en l'absence de preuve de liens familiaux stables en France.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juin 2024 et 18 juillet 2024,

M. F, représenté par Me Ben-Saadi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de police de Paris a porté la durée durant laquelle il était interdit de retour en France à 24 mois au lieu des 12 mois initialement fixés ;

2°) d'annuler le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- cet arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen personnel de sa situation ;

- il a été pris en méconnaissance des articles L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de se fonder sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, qui ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sont irrecevables.

Par une lettre enregistrée le 13 août 2024 et communiquée le même jour, le préfet de police de Paris a formulé des observations sur ce moyen relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Zaccaron Guérin, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin,

- les observations de Me Welsch, substituant Me Ben-Saadi, représentant le requérant, qui reprend et précise les conclusions et moyens du requérant. Elle fait en outre, valoir que :

* la décision attaquée vise M. C G et ne concerne dès lors pas

M. F ;

* la compagne de M. F est enceinte et donnera naissance à leur enfant au plus tard début décembre 2024 ;

* la décision attaquée fera obstacle à ce que M. F tente de régulariser sa situation administrative.

* le préfet de police de Paris n'a pas pris en compte les éléments de sa situation familiale et notamment la souscription du PACS conclu avec sa compagne et son enfant à naître alors qu'il aurait dû considérer qu'il s'agissait de circonstances humanitaires particulières faisant obstacle à la prolongation de la décision attaquée ;

- et les observations de M. F qui fait valoir d'une part, que lors de son interpellation, il était en possession d'un document au nom de M. C G de sorte que le préfet de police de Paris a considéré à tort qu'il s'agissait de son identité et d'autre part, qu'il va devenir père à compter du mois de novembre 2024 et que la décision attaquée l'empêche d'entamer des démarches de régularisation de sa situation.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien né le 11 février 1997 demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de police de Paris a porté la durée durant laquelle il était interdit de retour en France à 24 mois au lieu des 12 mois initialement fixés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision prolongeant la durée de l'interdiction de retour en France :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024, le préfet de police a donné à M. D E, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle comporte les considérations de fait et de droit qui constituent son fondement. En particulier, cette décision mentionne la précédente interdiction de retour en France prononcée pour une durée d'un an par un arrêté du 12 décembre 2022, la durée de présence sur le territoire français, l'absence de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France en dépit du fait que l'intéressé se déclare pacsé sans en apporter la preuve et sans enfant à charge. En outre, dans le cadre de la présente instance, M. F ne produit aucun justificatif attestant de l'existence d'un PACS conclu avec une ressortissante française, ni davantage de document permettant de démontrer la réalité de la paternité dont il se prévaut à l'égard de l'enfant à naître dont il fait état. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de cette décision et du défaut d'examen sérieux manquent en fait et doivent dès lors être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; () ". En outre, il résulte des dispositions de l'article L. 612-10 du même code que pour fixer la durée supplémentaire de cette interdiction de retour " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

5. D'une part, le requérant soutient que le préfet ne démontre pas qu'il a bien fait l'objet d'une interdiction de retour en France d'une durée de douze mois, permettant de fonder la présente décision attaquée, qui prolonge cette interdiction de douze mois supplémentaires. Toutefois, le préfet de police de Paris produit en sus de son mémoire en défense, la copie de l'arrêté daté du 12 décembre 2022 qui est, à l'instar de l'arrêté attaqué, également édicté à l'encontre de " M. A se disant C G " mais aussi, la copie du rapport d'identification dactyloscopique daté du 2 février 2023 précisant que l'intéressé est connu sous deux identités distinctes et qu'il a fait l'objet de deux signalements sous l'identité de M. F, d'abord, le 14 janvier 2023 pour vol aggravé par trois circonstances avec violences, puis le 2 février 2023, pour des faits de violence sur une personne vulnérable suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et sous l'identité de M. C, pour des faits de vol à la tire et recel de bien provenant d'un vol, commis le 11 décembre 2022.

6. D'autre part, le requérant soutient qu'en ne prenant pas en compte la circonstance qu'il est pacsé avec une ressortissante française depuis 31 mai 2024, qui est actuellement enceinte de son enfant et accouchera au cours du mois de décembre 2024, le préfet de police de Paris a méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, eu égard aux éléments rappelés au point précédent, à l'absence d'établissement par l'intéressé, tant de la réalité du PACS que de la paternité dont il se prévaut à l'égard de l'enfant à naître de sa concubine, et compte tenu du fait que l'intéressé ne conteste pas sérieusement s'être maintenu sur le territoire français alors qu'avaient été prononcées à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai et une interdiction de retour en France d'une durée d'un an, ni les faits à l'origine des signalements décrits précédemment, c'est sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de police de Paris a pu, par la décision attaquée, prolonger d'un an la durée de l'interdiction de retour en France initialement fixée à 12 mois par l'arrêté du 12 décembre 2022.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. En l'espèce, le requérant se prévaut de la vie commune qu'il entretient avec une ressortissante française avec qui il a souscrit un PACS le 31 mai 2024 et de leur futur enfant à naître au cours du mois de décembre 2024. Toutefois, l'intéressé ne produit pas de justificatif permettant d'attester de la réalité de ce PACS ou de la paternité de cet enfant. Par exemple, le requérant n'établit ni même n'allègue avoir tenté d'effectuer une reconnaissance de paternité par anticipation et les certificats médicaux qu'il produit à l'instance, qui se bornent à préciser que l'intéressé était présent lors des consultations intervenues les 26 mars, 17 avril, 10 mai, 27 mai, 17 juin et 8 juillet 2024, sont à eux seuls insuffisamment probants pour démontrer la paternité de M. F à l'égard de cet enfant à naître. En outre, par les pièces qu'il produit, le requérant doit être regardé comme justifiant de l'existence d'une vie commune avec sa concubine, à compter du mois de février 2023, soit un peu plus d'un an avant l'édiction de l'arrêté attaqué et en tout état de cause, postérieurement à l'édiction de la mesure d'éloignement du 12 décembre 2022, qu'il n'a pas exécutée. Par ailleurs, et ainsi qu'il a été énoncé aux points 5 et 6 du présent jugement, M. F ne conteste pas sérieusement les faits ayant donné lieu aux trois signalements mentionnés en 2022 et 2023 par le préfet de police, ni leur gravité. Dans ces conditions, au vu des pièces du dossier, M. F n'est pas fondé à soutenir qu'en prolongeant d'une année, la durée de l'interdiction de retour en France qui a été prononcée à son encontre le 12 décembre 2022, le préfet de police de Paris a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et qu'il a ainsi méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. En l'espèce, M. F se borne à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article 3 précité mais n'assortit ce moyen d'aucune précision de sorte qu'il ne met pas le tribunal en mesure d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. En dernier lieu, eu égard à tout ce qui vient d'être énoncé, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

12. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

13. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation du signalement aux fins de non-admission de l'intéressé dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander au tribunal l'annulation de l'arrêté du préfet de police de Paris en date du 28 juin 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être écartées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Zaccaron Guérin La greffière,

Signé

C. Phu

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24094312

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