Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409484

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours en excès de pouvoir de M. A contre un arrêté préfectoral du 30 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de trois ans. Le requérant contestait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation, la violation de son droit à être entendu et une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme). Lors de l'audience, la préfète a sollicité une substitution de base légale, passant du 1° au 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de la production par M. A d'un visa de court séjour. Le tribunal a fait droit à cette demande et a rejeté l'ensemble des moyens soulevés par le requérant, confirmant ainsi la légalité de l'arrêté attaqué.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 juillet et 9 août 2024, M. A, représenté par Me Ngoto, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler en application de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dont distraction faite au profit de Me Ngoto, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- ces décisions ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent son droit à être entendu, tel que garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que, malgré une demande formulée en ce sens dans sa requête introductive d'instance, la préfète n'a pas communiqué son entier dossier, en méconnaissance de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait ;

- la préfète s'est cru à tort, tenue de prononcer les décisions contestées et a omis de prendre en considération l'existence de circonstances exceptionnelles, en méconnaissance de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France d'une durée de trois ans :

- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en fixant à trois ans la durée de cette interdiction de retour en France, la préfète a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, la préfète du Val-de-Marne communique les pièces constitutives du dossier du requérant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux des droits de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Zaccaron Guérin, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin ;

- les observations de Me Ngoto, représentant le requérant, présent, qui reprend et précise les conclusions et moyens du requérant et qui précise qu'elle n'a aucune observation à formuler sur la substitution de base légale sollicitée par Me Rahmouni au cours de l'audience publique ;

- les observations de M. A qui fait valoir qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, membre d'une association culturelle depuis son entrée en France, qu'il a cotisé depuis 14 mois et qu'il souhaite régulariser sa situation le plus rapidement possible pour conserver son emploi, améliorer sa qualité de vie et avoir de réelles chances d'intégration ;

- et les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne qui fait valoir que :

* la légalité de l'arrêté attaquée doit être appréciée à la date de son édiction de sorte qu'il doit être considéré que M. A n'était pas en mesure, à cette date, de justifier de son entrée régulière sur le territoire français et que c'est ainsi à bon droit que la préfète du Val-de-Marne a fondé la mesure d'éloignement litigieuse, sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* en tout état de cause, dès lors que le requérant a produit dans le cadre de l'instance, la copie du visa de court séjour dont il était muni pour entrer en France, il sollicite du tribunal que les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soient substituées à celles du 1° du même article de ce code dès lors que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français, à l'expiration de son visa, sans chercher à solliciter la délivrance d'un titre de séjour et sans entamer de démarches particulières pour régulariser sa situation administrative ;

* le requérant ne justifie pas de la réalité des liens intenses, anciens et stables dont il se prévaut en France, ni davantage de son insertion particulière sur le territoire français, ce d'autant qu'il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de vol et tentative de vol en récidive, qu'il constitue ainsi une menace à l'ordre public permettant de justifier légalement l'ensemble des décisions attaquées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 2 février 1976 demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 30 juin 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de communication de l'entier dossier du requérant :

4. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. () / L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

5. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Par suite, les conclusions de M. A tendant à la production de son dossier, dépourvues d'utilité, doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, par un arrêté n° 2023/00432 du 3 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne du même jour, M. Ludovic Guillaume, secrétaire général de la préfecture du Val-de-Marne et signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation de la préfète du Val-de-Marne pour signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles, () et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne " à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit dès lors être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. Alors que l'exigence de motivation n'implique pas que les décisions visées à l'article L. 211-2 précité mentionnent l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé, les décisions attaquées comporte les considérations de droit et de fait qui constituent leur fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions contestées manque en fait et doit dès lors être écarté.

9. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

10. En quatrième lieu, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

11. Toutefois, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, invocable à l'encontre de l'arrêté en litige. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) l'a jugé dans ses décisions C-166/13 Mukarubega et C-249/13 Boudjlida, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que cette autorité s'abstienne de prendre à son égard une telle décision. Il n'implique pas, en revanche, que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité de son séjour ou la perspective de son éloignement. En outre, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

12. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment des procès-verbaux d'audition dressés le 30 juin 2024, que M. A a été entendu par les services de police préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. A cette occasion, l'intéressé a communiqué divers renseignements concernant sa situation personnelle, familiale et professionnelle en France et a été invité à préciser sa situation administrative sur le territoire national. Le requérant, qui n'allègue pas avoir tenté en vain de porter à la connaissance de l'administration des informations pertinentes sur sa situation, a ainsi été mis à même de formuler ses observations sur les conditions de son séjour en France préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu issu du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

14. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, d'une part, que la préfète a fondé la mesure d'éloignement en litige sur les dispositions du 1° du L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, que cette mesure était justifiée par le fait que M. A n'établissait pas être entré régulièrement sur le territoire français, alors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré régulièrement sur le territoire français, le 23 mars 2023, avec visa de type C délivré par les autorités espagnoles 10 mars 2023 au 23 avril 2023. La base légale retenue par la préfète pour prendre la décision attaquée est donc entachée d'illégalité.

15. Toutefois, au cours de l'audience publique, Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne a sollicité que les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soient substituées à celles du 1° de ce même article. Me Ngoto représentant M. A n'a pas souhaité formuler d'observations sur cette demande. Or, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

16. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de son visa sans effectuer les démarches nécessaires afin de régulariser sa situation, tel qu'une demande de titre de séjour. Dès lors, il est au nombre des étrangers visés par les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code précité, qui peuvent être substituées à celles du 1° du même article, dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

17. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentations suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () "

18. En l'espèce, si le requérant soutient que la préfète du Val-de-Marne a considéré à tort qu'il ne justifiait pas de circonstance particulière au sens de l'article L. 612-3 précité, il ne l'établit pas par cette simple allégation. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée, que la préfète se serait crue tenu de refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A et qu'elle aurait ainsi commis une erreur de droit. Par ailleurs, la préfète du Val-de-Marne a produit à l'instance les procès-verbaux dressés le 30 juin 2024, dont les mentions font foi jusqu'à preuve contraire, desquels il ressort que M. A a indiqué que son épouse et ses deux enfants mineurs résidaient toujours dans son pays d'origine et a mentionné une adresse de domiciliation qui ne correspond pas à celle dont il justifie au cours de l'instance. Dans ces conditions, eu égard à tout ce qui a été énoncé précédemment,

M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français sans lui octroyer un délai de départ volontaire la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

19. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

20. En l'espèce, le requérant se prévaut de son entrée régulière en France, et de son insertion professionnelle en qualité de maçon au sein de la société Atia qui l'emploie depuis le 20 octobre 2023, d'abord sous couvert d'un contrat à durée déterminée, puis dès le 20 avril 2024, sous couvert d'un contrat à durée indéterminée. Toutefois, le requérant admet lui-même d'une part, qu'il dispose d'importantes attaches familiales dans son pays d'origine où résident son épouse et ses deux enfants mineures et d'autre part, qu'il n'a pas tenté d'effectuer des démarches en vue d'obtenir un titre de séjour " salarié " et de régulariser sa situation. Dans ces conditions, en obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté une atteinte à son droit au respect à la vie privée et familiale disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été édictée et n'a ainsi pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

21. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été énoncé précédemment, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

22. Il résulte de tout ce qui a été énoncé précédemment qu'aucun des moyens soulevés par M. A à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire n'est fondé. Dès lors, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision lui fixant son pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France d'une durée de trois ans :

23. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

24. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

25. Premièrement, il ressort des termes de la décision attaquée qui vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 23 du présent jugement, que la préfète du Val-de-Marne a pris en compte, au vue de la situation de M. A, l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, en relevant notamment que le requérant s'est maintenu en situation irrégulière depuis son entrée en France, qu'il a déclaré que son épouse et ses deux enfants mineurs résidaient toujours dans son pays d'origine et qu'il a en outre, été interpellé pour des faits de vol et tentative de vol en réunion commis le 30 janvier 2024 sur le territoire national. Ainsi, cette décision est suffisamment motivée au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

26. Deuxièmement, eu égard à ce qui vient d'être énoncé et aux pièces produites à l'instance, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée de trois ans, la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

27. Troisièmement, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que la préfète n'aurait pas, préalablement à l'édiction de cette décision, procédé à un examen sérieux et complet de la situation de M. A.

28. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 20 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

29. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne en date du 30 juin 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, tout comme celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Zaccaron Guérin La greffière,

Signé

C. Phu

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24094842