Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409565

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer un rendez-vous à Mme A, ressortissante tunisienne, pour lui permettre de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Le juge a retenu que l'absence de réponse de l'administration depuis plusieurs mois, conjuguée au risque de perte d'emploi et à la précarité de la situation de la requérante, caractérisait une situation d'urgence justifiant cette mesure utile. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelant l'obligation pour l'administration de fixer un rendez-vous dans un délai raisonnable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Giudicelli-Jahn, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°)d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°)de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle est en droit de solliciter la régularisation de sa situation administrative et que, malgré ses démarches, l'absence de réponse de la préfecture des Hauts-de-Seine à sa demande tendant au dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour la maintient dans une situation très précaire ; par ailleurs, à défaut de titre de séjour, son employeur compte mettre fin à son contrat de travail en qualité de serveuse, ce qui l'expose au risque de se retrouver sans ressources et dans une situation précaire ; enfin, elle remplit les conditions pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour, dès lors qu'elle justifie d'une résidence continue et ininterrompue en France depuis mai 2018, qu'elle est parfaitement intégrée à la société française et qu'elle justifie d'une pleine intégration professionnelle, exerçant une activité professionnelle de serveuse au sein de la même entreprise depuis trois années ;

-la mesure sollicitée est utile, dès lors qu'elle lui permettra d'obtenir un rendez-vous à la préfecture des Hauts-de-Seine en vue de solliciter sa régularisation ;

-la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas formulé d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chabauty, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante tunisienne née le 4 juillet 1993, déclare être entrée en France en mai 2018. Elle fait valoir qu'elle a sollicité, en vain, un rendez-vous auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine en vue de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle puisse faire enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. D'autre part, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. D'une part, il résulte de l'instruction que, le 24 juillet 2023, Mme A a sollicité, par l'intermédiaire de son conseil, un rendez-vous en vue du dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail à l'adresse de messagerie prescrite par la préfecture des Hauts-de-Seine, demande dont il a été accusé réception le 26 juillet suivant. Le 18 janvier 2024, elle a déposé, via l'application informatique " démarches-simplifiées.fr ", une demande de pré-examen d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'intéressée faisant valoir, sans être contestée, que la préfecture des Hauts-de-Seine avait entre-temps modifié la procédure de dépôt d'une telle demande. Par ailleurs, la requérante fait valoir, là-encore sans être contestée, qu'aucune suite n'a été donnée à ces deux demandes. D'autre part, Mme A produit un courrier en date du 22 avril 2024 par lequel son employeur l'informe de la résiliation de son contrat de travail à durée indéterminée conclu le 1er janvier 2023 pour un emploi de serveuse polyvalente, en l'absence de titre de séjour. Ainsi, la requérante, qui risque de perdre cet emploi, qu'elle occupe depuis le 31 août 2021, en raison de l'irrégularité de sa situation administrative, justifie de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle d'obtenir rapidement un rendez-vous en vue de pouvoir faire enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, la demande de l'intéressée revêt un caractère urgent et utile au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que cette demande ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative, ni qu'elle se heurterait à une contestation sérieuse, le préfet des Hauts-de-Seine n'ayant pas présenté d'observations en défense.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de communiquer à Mme A, dans un délai de vingt-et-un jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de communiquer à Mme A, dans un délai de vingt-et-un jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 700 euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 23 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

C. Chabauty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.