Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409576
jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409576 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 15 juillet 2024, M. A, représenté par Me Magne, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision référencée " 48 SI " du
29 novembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il exerce, via la SAS YL ENERG immatriculée au registre des sociétés le 1er juillet 2023, la profession d'électricien et que l'annulation de son permis de conduire compromet gravement sa situation professionnelle en l'empêchant de se déplacer chez ses clients et fournisseurs, sans pouvoir recourir compte tenu de la nature de son activité à des solutions de remplacement telles que le taxi ou les transports en commun ; la privation de son permis a également des répercussions familiales en l'empêchant de rendre visite à ses parents et beaux-parents, alors même qu'il n'a commis aucune infraction grave ;
- il existe plusieurs moyens de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il justifie qu'il n'est pas l'auteur de deux des cinq infractions retenues à son encontre et qu'il n'a jamais été informé de l'infraction commise à Cannes alors qu'au demeurant il se trouvait le même jour à Déville-lès-Rouen.
Par un mémoire, enregistré le 15 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a pas d'urgence à suspendre l'exécution de la décision contestée compte tenu de la nature et du caractère répétitif des infractions commises par M. A et eu égard aux exigences de la sécurité publique ; par ailleurs, le requérant a introduit la présente requête en référé plus de sept mois après la notification, le 18 décembre 2023, de la décision contestée et les implications de cette dernière sur l'activité professionnelle de l'intéressé sont énoncées de manière très générale sans production d'éléments circonstanciés ;
- aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* le moyen tiré du défaut de réalité des infractions n'est pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée
* concernant l'imputabilité des infractions, il appartenait au requérant de former une requête en exonération ou réclamation sur le fondement des articles 529-2 et 530 du code de procédure pénale s'il entendait contester en être l'auteur ; à défaut, le moyen est porté devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Vu :
- la requête n° 2407512 enregistrée le 27 mai 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, a désigné M. Louvel, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.
Le rapport de M. Louvel, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 15 juillet 2024 à 13 heures 30, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience. Aucune des parties n'était présente ou représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision référencée " 48 SI " du 29 novembre 2023, le ministre de l'intérieur a invalidé le permis de conduire de M. A suite aux retraits de points consécutifs à la commission de diverses infractions au code de la route. M. A, qui expose être victime d'une usurpation d'identité pour laquelle il a porté plainte le 14 avril 2023, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'une décision d'invalidation d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.
4. D'une part, si M. A soutient que la détention d'un permis de conduire valide est indispensable à l'exercice de son activité d'électricien et que la décision contestée met en danger la SAS YL ENRG, dont il est le gérant depuis le 1er juillet 2023, il ne produit aucune pièce de nature à justifier de l'existence d'un préjudice professionnel.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la décision du 29 novembre 2023 prononçant l'invalidation du permis de conduire de M. A pour solde de points nul, a été
notifiée à l'intéressé le 18 décembre 2023. Dans ces conditions, eu égard à l'importance du délai qui s'est écoulé entre la notification de cette décision et l'introduction de la présente requête, et dès lors que ce délai ne se justifie pas au regard des seules démarches entreprises par le requérant auprès notamment du procureur de la République du tribunal judicaire de Toulon le 29 décembre 2023 et du tribunal de police de Toulon le 23 avril 2024, la condition d'urgence à laquelle les dispositions, rappelées au point 2, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative
subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension, ne saurait être regardée comme remplie.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension présentées par M. A doivent être rejetées. Il y a lieu également, par voie de conséquence, de rejeter toutes les autres conclusions de la requête de M. A.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Cergy, le 25 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
T. Louvel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.0