Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409583
vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409583 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2024, M. C A, représenté par
Me Tamburini-Bonnefoy, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de la décision n° 028-2024 du 13 mai 2024 par laquelle le directeur général de l'agence régionale de santé (ci-après ARS) d'Île-de-France a suspendu son droit d'exercer la médecine pendant une durée de cinq mois ;
2°) de mettre à la charge de l'ARS d'Île-de-France la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision affecte sa situation professionnelle et met en péril la continuité des soins à l'encontre de ses patients conformément à ses obligations déontologiques, en outre elle porte atteinte à sa réputation de médecin ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que le directeur général de l'ARS d'Île-de-France n'a pas respecté le délai de trois jours pour l'entendre ;
- elle est entachée d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 4113-14 du code de la santé publique ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistrée le 12 juillet 2024, le directeur général de l'agence régionale de santé d'Île-de-France, conclut au rejet de la requête.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le requête n°2410090 enregistrée le 3 juillet 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 15 juillet 2024 à 9 heures 30.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- les observations de Me Pellevoizin, substituant Me Tamburini-Bonnefoy, représentant M. A, requérant, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, en précisant ses écritures ;
- et les observations de Mme B, ayant reçu une délégation pour représenter le directeur général de l'ARS d'Île-de-France, qui confirme ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, né le 13 novembre 1947 à Paris, exerce la profession de médecin généraliste depuis 1985. Dans le cadre de ses fonctions, M. A a été amené à prescrire du Skénan, médicament classé comme stupéfiant et composé de morphine de sulfate, en traitement substitutif pour certains de ses patients toxicomanes. Le 18 mars 2024, le directeur régional du service médical d'Île-de-France de l'assurance maladie a fait part à l'agence régionale de santé de la région d'Ile-de-France (ARS) de certaines particularités concernant l'exercice professionnel de M. A. Par suite, le 28 mars 2024, M. A a été convoqué par la présidente du conseil départemental de l'ordre des médecins des Hauts-de-Seine pour un entretien, prévu le 23 avril 2024. L'ARS de la région d'Île-de-France a estimé que l'activité de M. A exposait ses patients à un danger grave justifiant, en urgence, une suspension immédiate de son droit d'exercer la médecine. Ainsi, par une décision du 13 mai 2024,
M. A s'est vu suspendre son droit d'exercer la médecine pour une durée de cinq mois. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 13 mai 2024 par laquelle le directeur général de l'ARS d'Île-de-France a suspendu son droit d'exercer la médecine pour une durée de cinq mois.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. A, tels qu'ils ont été analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 13 mai 2024 par laquelle le directeur général de l'ARS d'Île-de-France a suspendu son droit d'exercer la médecine pour une durée de cinq mois. Par suite, les conclusions de
M. A tendant à la suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au directeur général de l'agence régionale de santé d'Île-de-France.
Fait à Cergy, le 26 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°24095830