Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409609

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409609
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, concerne la demande de Mme C épouse A, ressortissante marocaine, qui sollicitait une injonction pour obtenir un rendez-vous en préfecture afin de déposer une demande de titre de séjour. Le juge des référés rappelle que l'administration a l'obligation de recevoir l'étranger et d'enregistrer sa demande dans un délai raisonnable, et que la condition d'urgence est en principe remplie. Cependant, la décision ne précise pas la solution retenue pour ce cas particulier, se limitant à exposer les principes juridiques applicables, notamment l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024, Mme B C épouse A, représentée par Me Teffo, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°)d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer une demande de délivrance de titre de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de prendre toutes mesures utiles afin de faire cesser les atteintes à son droit élémentaire de déposer une demande de carte de séjour ;

2°)de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la condition d'urgence est remplie, dès lors que cela fait plusieurs mois qu'elle tente, en vain et en dépit des diligences qu'elle a accomplies, d'obtenir un rendez-vous à la préfecture des Hauts-de-Seine pour que sa demande de titre de séjour soit déposée et instruite, ce qui la contraint de vivre avec l'anxiété permanente d'un contrôle de sa situation administrative et d'un risque d'éloignement du territoire français et la place dans une situation précaire pendant une durée anormalement longue, alors que tout ressortissant étranger en situation irrégulière doit pouvoir accéder au service public afin de faire une demande de régularisation administrative ; le dysfonctionnement et la discontinuité du dispositif mis en place par la préfecture des Hauts-de-Seine pour l'enregistrement des demandes d'admission exceptionnelle au séjour portent une atteinte aux droits élémentaires des étrangers en situation irrégulière, le préfet des Hauts-de-Seine n'ayant prévu aucune procédure alternative à celle de la prise de rendez-vous par Internet via le site " démarches-simplifiées " ;

-la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;

-la mesure sollicitée est utile au regard des dysfonctionnements du dispositif mis en place par la préfecture des Hauts-de-Seine pour l'enregistrement des demandes de titre de séjour et dès lors qu'elle lui permettra d'obtenir un rendez-vous afin que sa demande de titre de séjour puisse être examinée ;

-la mesure sollicitée ne souffre d'aucune contestation sérieuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 modifié ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chabauty, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 novembre 2023, Mme B C épouse A, ressortissante marocaine née le 1er juin 1982, a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine via le site Internet " démarches-simplifiées ". Elle fait valoir qu'aucune suite n'a été donnée à cette demande. Par la présente requête, Mme C épouse A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer une demande de délivrance de titre de séjour.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. D'autre part, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il résulte de l'instruction que Mme C épouse A, qui déclare être entrée sur le territoire français en juillet 2003, s'est vu délivrer plusieurs titres de séjour, dont le dernier a expiré le 23 août 2018. L'intéressée soutient que l'absence de réponse de la préfecture des Hauts-de-Seine à la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'elle a déposée le 23 novembre 2023 la contraint de vivre avec l'anxiété permanente d'un contrôle de sa situation administrative et d'un risque d'éloignement du territoire français et la place dans une situation précaire pendant une durée anormalement longue. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante est en situation irrégulière sur le territoire français depuis le 14 octobre 2019, date de fin de validité du récépissé qui lui avait été délivré à la suite du dépôt d'une demande de renouvellement de son dernier titre de séjour, et qu'elle ne justifie avoir engagé des démarches en vue de régulariser sa situation administrative qu'à compter du 8 juin 2022, soit près de trois ans plus tard, en tentant d'obtenir un rendez-vous à la préfecture des Hauts-de-Seine, via le site Internet " démarches-simplifiées ", pour déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, Mme C épouse A a largement contribué à créer la situation d'urgence dont elle se prévaut désormais. Par ailleurs, elle ne justifie pas de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle d'obtenir rapidement un

rendez-vous en vue de faire examiner sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme C épouse A doivent être rejetées par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse A.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 23 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

C. Chabauty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.