Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409626
jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409626 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Garcia demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de prendre toute mesure, sans délai, de nature à effacer son signalement dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui restituer, sans délai, ses documents d'identité ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il méconnait son droit d'être entendu ;
- il est dépourvu de base dès lors qu'il n'est pas établi qu'il aurait fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise depuis moins d'un an et permettant son éloignement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, vice-président, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant turc né le 13 août 1998, a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, prise à son encontre par le préfet du Val-d'Oise le 30 septembre 2022. Par un arrêté du 3 juillet 2024, le préfet du
Val-d'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département du Val-d'Oise. M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 3 juillet 2024 l'assignant à résidence.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C, cheffe de la section éloignement de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, laquelle bénéficiait, en vertu de l'article 8 de l'arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet du Val-d'Oise à l'effet de signer " toute assignation à résidence ", en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe. Il n'est pas soutenu que ces derniers n'étaient ni absents ni empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des mentions du procès-verbal de son audition par les services de police le 3 juillet 2024, que M. B a été interrogé à cette occasion sur sa situation personnelle et familiale ainsi que sur sa situation administrative au regard de son droit au séjour en France. A cette occasion, il lui a été indiqué qu'une mesure d'éloignement avait été prise à son encontre et il lui a été demandé s'il acceptait de se conformer à cette mesure d'éloignement. M. B a eu ainsi la possibilité de présenter toutes observations utiles sur sa situation pouvant être prises en compte par le préfet avant l'édiction de la décision contestée. De plus, M. B ne se prévaut d'aucune circonstance qui si elle avait été portée à la connaissance de l'administration aurait pu avoir une incidence sur le contenu de la décision attaquée. Par suite, M. B, qui ne peut au demeurant, se prévaloir d'une méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu aurait été méconnu.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
5. Il ressort des pièces versées au dossier par le préfet du Val-d'Oise que M. B a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours prise à son encontre le 30 septembre 2022. La contestation de cette mesure par M. B, démontrant qu'il en avait nécessairement eu connaissance, a été rejetée par un jugement du
29 novembre 2022 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Cette mesure d'éloignement ayant été édictée depuis moins de trois ans à la date de l'arrêté attaqué, le préfet du Val-d'Oise pouvait prendre à l'encontre de l'intéressé une mesure d'assignation à résidence en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait dépourvu de fondement doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 3 juillet 2024. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
S. Ouillon
La greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.