Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409630

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A visant à suspendre l'exécution de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour "passeport talent - carte bleue européenne" et de l'obligation de quitter le territoire français prise par le préfet du Val-d'Oise. Le juge a estimé que les moyens invoqués, notamment la méconnaissance des articles L. 421-11 et L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'étaient pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées. La condition d'urgence n'a pas été examinée en raison de l'absence de doute sérieux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 et 16 juillet 2024, M. A, représenté par Me Berz, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du 6 décembre 2023 et de l'arrêté du 12 juin 2024 du préfet du Val-d'Oise refusant le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un document temporaire de séjour l'autorisant à travailler, et ce dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée établie, dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; en outre, le refus de renouveler son titre de séjour est accompagné d'une obligation de quitter le territoire français et il va être privé de l'ensemble de ses droits sur le territoire si aucune mesure provisoire n'est prise ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

S'agissant de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :

* elle méconnaît l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit l'ensemble des critères pour se voir délivrer le titre de séjour " passeport talent - carte bleue européenne " ;

* elle méconnaît la directive européenne 2021/1883/UE ;

* elle est entachée d'une erreur sur les motifs de fait ;

* elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la possibilité prévue par cet article de refuser le renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle lorsque l'étranger ne peut prouver qu'il a établi en France sa résidence habituelle dans les conditions fixées à l'article L. 433-3-1 ne s'applique pas à la carte de séjour " talent carte bleue européenne " prévue à l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 5221-2 du code du travail, la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle " passeport talent - carte bleue européenne " n'étant pas subordonnée à la détention d'une autorisation de travail ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* elle est entachée d'un défaut de motivation.

* elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors notamment que le préfet s'est cru lié par le refus de renouvellement de la carte de séjour ;

S'agissant des décisions fixant un délai de départ volontaire et le pays de renvoi :

* elles sont illégales en raison de l'illégalité des décisions refusant le renouvellement du titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2409634 enregistrée le 4 juillet 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté contesté.

Vu :

- la directive 2021/1883/UE ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier-conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 17 juillet 2024 à

10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Louvel, juge des référés, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité, en application des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de conclusions qui seraient présentées aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 juin 2024 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe le pays de destination.

- les observations orales de Me Berz pour M. A.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée par M. A, représenté par Me Berz, a été enregistrée le 17 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 19 octobre 1982, est entré en France le

12 octobre 2019 muni d'un visa long séjour " passeport talent " valable du 17 septembre 2019 au 16 décembre 2019. Il a obtenu une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent carte bleue européenne " valable du 9 décembre 2019 au 8 décembre 2023. Le 7 septembre 2023, il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 12 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par le requérant. Le même arrêté oblige M. A à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite intervenue le 7 décembre 2023 et de l'arrêté du 12 juin 2024 du préfet du Val-d'Oise en tant uniquement qu'il porte refus de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de la requête doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la décision du 12 juin 2024 portant refus de renouvellement de titre de séjour.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par le requérant, précisés dans les visas de la présente ordonnance, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision refusant le renouvellement de titre de séjour contestée. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant.

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement au requérant d'une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 25 juillet 2024

Le juge des référés,

Signé

T. Louvel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2409630