Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409695

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté d'expulsion pris par le préfet du Val-d'Oise à l'encontre de M. B, ressortissant comorien. Le juge a estimé que le moyen tiré de l'absence de menace grave pour l'ordre public n'était pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, malgré l'ancienneté des infractions et la durée de résidence en France. La condition d'urgence n'a pas été examinée, le juge ayant considéré que le doute sérieux faisait défaut. La décision s'appuie sur les articles L. 521-1 du code de justice administrative et L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Said Soilihi, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son expulsion du territoire français pour motif de menace grave à l'ordre public ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de le réintégrer en sa qualité de résident régulier, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que d'une part, la décision d'expulsion produit des effets immédiats sur sa situation administrative et personnelle en le privant de son emploi et de ses ressources, et que d'autre part, elle l'expose au risque d'être expulsé du territoire français à tout moment ;

- les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- le préfet du Val d'Oise ne démontre pas qu'il représente une menace actuelle et grave à l'ordre public ;

- le préfet du Val d'Oise a méconnu les dispositions de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et que le préfet ne démontre pas que son expulsion constituerait une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'État ou la sécurité publique ;

- le préfet du Val d'Oise a méconnu les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans et que le préfet ne démontre pas que son comportement serait de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu :

- la requête n° 2409754, enregistrée le 6 juillet 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 22 juillet 2024 à

10 heures, en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Beaufaÿs, juge des référés ;

- les observations de M. B, non représenté.

Le préfet du Val d'Oise n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant comorien né le 15 mars 1972, déclare être entré sur le territoire français il y a plus de vingt ans et y résider régulièrement depuis lors. Il est le père d'une française, Hounaïda B, née le 8 mars 2000 à Marseille, aujourd'hui âgée de vingt-quatre ans. Le 13 juillet 2013, il a obtenu une carte de résident. Par un arrêté du 2 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise a prononcé l'expulsion de M. B du territoire français au motif que sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ". Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

4. Si M. B fait valoir le caractère ancien des infractions pénales qu'il a commises, la durée de sa résidence en France, le fait qu'il est père d'une ressortissante française et qu'il est bien inséré professionnellement, en l'état des pièces du dossier, le moyen tiré de ce que le requérant ne constitue pas une menace grave pour l'ordre public n'est pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

5. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : () / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () / Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 4° du présent article lorsqu'il a déjà fait l'objet d'une condamnation définitive pour des crimes ou des délits punis de trois ans ou plus d'emprisonnement. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 631-3 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, dont la violation délibérée et d'une particulière gravité des principes de la République énoncés à l'article L. 412-7, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : () : / 2° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; () / Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 5° du présent article lorsqu'il a déjà fait l'objet d'une condamnation définitive pour des crimes ou délits punis de cinq ans ou plus d'emprisonnement ou de trois ans en réitération de crimes ou délits punis de la même peine. ".

6. Aux termes de l'article 441-2 du code pénal : " Le faux commis dans un document délivré par une administration publique aux fins de constater un droit, une identité ou une qualité ou d'accorder une autorisation est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. / L'usage du faux mentionné à l'alinéa précédent est puni des mêmes peines. / Les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et à 100 000 euros d'amende lorsque le faux ou l'usage de faux est commis : () / 2° Soit de manière habituelle () ".

7. Si M. B fait valoir qu'il réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans et qu'il peut se prévaloir des protections contre l'expulsion prévues respectivement aux articles L. 631-2 et L. 631-3 précités, il est constant qu'il a été définitivement condamné à trois reprises pour usage de faux documents administratifs, délit puni de plus de trois ans d'emprisonnement, peine portée à sept ans en cas de récidive. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet du Val-d'Oise ne pouvait pas prononcer son expulsion faute d'établir que son expulsion constituait une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'État ou la sécurité publique, ou que son comportement était de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, dont la violation délibérée et d'une particulière gravité des principes de la République énoncés à l'article L. 412-7, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes, ne sont pas propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucun des moyens invoqués n'est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, il y a lieu de rejeter les conclusions en suspension de l'exécution de la décision attaquée. Les conclusions en injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées par voie de conséquence.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet du Val d'Oise.

Fait à Cergy, le 23 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

F. Beaufaÿs

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.